Huit raisons pour lesquelles nous devrions remplacer la TVA par la LVT

Cet article énumère les principales raisons pour lesquelles le transfert du poids de la fiscalité de l’économie générale vers un impôt sur la terre nue ad valorem (la LVT), serait une bonne chose.

1. Pour une simplicité accrue

Les parties relatives à la TVA occupent plus de la moitié du code des impôts et sont plus longues que Guerre et Paix de Tolstoï (c.f. Impôts : la TVA, véritable casse-tête). Or, Le code fiscal complet d’une LVT peut être écrit sur dix feuilles de papier A4 [1]. Les valeurs locatives du sol ne sont qu’une colonne de plus dans le cadastre.

2. Pour empêcher l’État d’interférer dans les transactions entre agents privés.

Dans le cadre de la TVA et de la fiscalité indirecte, le gouvernement se permet d’interférer dans les transactions entre agents privés afin de poursuivre sa lutte contre la fraude fiscale. Pour poursuivre cette lutte dans le cadre de la LVT, l’agence chargée de la perception des impôts a seulement besoin de savoir quel terrain un agent privé revendique de posséder, c’est-à-dire le cadastre.

3. Pour lutter plus efficacement contre la fraude fiscale

Bien que les gouvernements prétendent que la TVA coûte moins cher à collecter (en fait, ce coût n’est pas éliminé mais transféré du fisc vers le vendeur final), les enquêtes sur la fraude à la TVA nécessitent des milliers d’heures d’investigation par des experts fiscaux coûteux et des procès longs et coûteux. Par définition, la LVT ne peut être évitée par la délocalisation. Renoncer à son devoir de payer des impôts pourrait in fine signifier renoncer à son droit de propriété sur la terre.

4. Pour mettre fin à l’injustice envers les petites et moyennes entreprises.

Pour optimiser votre exposition à la TVA il faut l’aide d’experts fiscaux compétents ayant des années de formation et d’expérience. Cela favorise les grandes organisations qui peuvent mieux absorber le coût de leurs fonctions support. Le travail des personnes qui rédigent le code des impôts et des experts qui l’étudient ne contribue en rien à l’économie.

Vous pouvez échapper à payer la LVT en choisissant simplement de ne pas posséder de terrains, en particulier les terrains urbains dont la rentre foncière est très élevée [2]. Au cours de la période de transition de la TVA à la LVT, les veuves pauvres vivant dans des manoirs peuvent demander que la LVT soit simplement prorogée et reportée jusqu’à la vente de la propriété (en anglais on dirait « roll-up and defer »).

5. Pour plus de transparence et moins de corruption

La TVA encourage le marché noir et les systèmes financiers opaques. La LVT élimine la corruption en faisant en sorte que la propriété foncière et les valeurs locatives des terrains soient connues du public. L’agence chargée d’évaluer les valeurs locatives foncières doit être séparée du gouvernement et posséder une gouvernance qui encourage l’équité.

6. Pour plus d’équité

La TVA est mauvaise pour l’industrie et pour l’agriculture. L’écrasante majorité de la LVT sera perçue dans des zones urbaines riches, bien connectées et à forte valeur sociale, laissant relativement épargnées les terres agricoles et industrielles de faible valeur sociale [3].

7. Pour une perception fiscale de la même taille ou plus grande.

Alors que la TVA génère la moitié des recettes de l’État, elle est régressive et entraîne d’énormes pertes sèches pour l’économie [4]. Le principe de l’ATCOR signifie que la LVT générerait au moins autant de revenus qu’une TVA [5]. Il est probable qu’en supprimant le fardeau des pertes sèches de l’économie, le PIB augmenterait.

8. Pour un plus grand localisme

Le taux de TVA est fixé au niveau national et collecté de manière centralisée. L’instrument est très brutal et très éloigné du contribuable [6]. C’est très injuste. La LVT est déterminée sur une base parcellaire. Le passage à la LVT devrait d’abord remplacer tous les impôts locaux avant de remplacer entièrement la TVA au niveau national.

9. La TVA est régressive à la source

Et oui, il y a bien plus que huit raisons pourquoi nous nous devrions remplacer la TVA par la LVT !

Certains commentateurs libéraux idéalisent la TVA en raison de son taux fixe. Si un impôt à taux unique sur les revenus (la « flat tax » ) a certaines mérites, un taux d’imposition unique sur la consommation n’en a aucun. La TVA et la fiscalité indirecte sont régressives [7], c’est-à-dire que les ménages modestes paient proportionnellement plus d’impôts que les ménages aisés.

La solution la plus populaire au caractère régressif de la TVA est la redistribution via l’État-providence. En d’autres termes, l’État prend plus d’argent qu’il ne devrait aux ménages modestes et le leur rend sous forme de distribution. Cette solution n’est pas seulement indigne (ça ouvre la porte aux commentaires « pognon de digne » et autre), elle est également coûteuse en termes d’administration et de complexité, et ne garantit souvent pas l’équité pour les plus pauvres de la société, les sans-abri, qui passent souvent à travers les mailles du système. Or avec la TVA, le sans-abri est bel et bien un contribuable !


[1] Voir par exemple le code des impôts de l’Estonie concernant sa LVT la « Maamaksuseadus »

[2] Dans le cadre de la LVT, c’est en effet le propriétaire foncier qui perçoit l’impôt pour le compte des autorités fiscales. Le propriétaire d’une résidence urbaine perçoit auprès de ses locataires les loyers qui ont été fixés au taux du marché. Le propriétaire verse à l’administration fiscale une partie de ces loyers, la LVT, qui est calculée uniquement sur la valeur locative du site. Il n’est pas possible pour le propriétaire foncier de répercuter la LVT sur ses locataires comme le démontre cet article. Il devrait être immédiatement évident qu’il y aura une pression financière sur les propriétaires de sites qui ont une grande valeur en raison de leur situation, par exemple les sites à côté des gares ferroviaires ou métropolitaines, pour qu’ils tirent le meilleur parti de leurs terres, notamment en se concentrant sur la fourniture de logements de qualité à leurs locataires. En plus, avec la TVA, le locataire paie deux fois des taxes : une fois à l’État sur la base de sa consommation et une autre fois à son propriétaire qui empoche la valeur locative de l’emplacement, valeur qui appartient naturellement à la nation. Remplacer la TVA par la LVT est une bonne chose pour le locataire.

[3] La source du graphique suivant est de Piketty.

[4] Le Scottish Land Revenue Group estime que l’économie écossaise serait 30 % plus importante avec la LVT.

[5] Selon le principe dite « ATCOR » , la suppression des taxes sur le travail et l’économie augmente la valeur des terrains, ce qui a pour effet d’augmenter l’assiette fiscale de la LVT.

[6] En France, seuls la Corse et les départements d’outre-mer bénéficient de tarifs spécifiques. Pourquoi ces départements et pas la Creuse, par exemple ? Dans une même ville, il y a des quartiers populaires traités différemment des autres, mais pas au niveau fiscal. Avec la TVA, la nation se prive d’un outil puissant – la fiscalité – pour ajuster les retombées zone par zone.

[7] C.f. cette étude de l’INSEE. D’autres commentateurs ont souligné le manque de progressivité de notre système fiscal:

Pourquoi un propriétaire foncier ne peut-il pas répercuter un impôt sur la terre nue ad valorem sur son locataire ?

La réponse à cette question se trouve dans le fonctionnement des marchés et la nature physique de la terre. En tant qu’ingénieur, j’aime pouvoir visualiser les choses. Les visualisations du fonctionnement des marchés existent depuis 1838, lorsque le mathématicien français Augustin Cournot a publié ses « Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses » et que les courbes de demande sont apparues. Ce modèle théorique a été complété quand, en 1870, l’ingénieur anglais Fleeming Jenkin a ajouté des courbes d’offre dans « The Graphical Representation of the Laws of Supply and Demand » . Il s’agit d’un travail Franco-Britannique, et je dois avouer que ça me plaît.

Il y a d’autres moyens de répondre à cette question, par exemple cet article du blog de Lars Doucet ici qui présente à la fois l’aspect théorique, avec une analogie intéressante pour le marché foncier, et un examen des études réalisées. Des démonstrations plus anciennes sont fournies par Adam Smith dans « The Wealth of Nations » (1776) et Henry George dans « Progress and Poverty » (1879).

Le coût du logement

Le coût de production et de la maintenance du logement comprennet les taxes sur le bâtiment ainsi que sur le capital, les matériaux et la main-d’œuvre utilisés pour la construction et l’entretien. L’état du marché du logement est affecté par ces taxes, ainsi que par les règles et les restrictions concernant ce que les gens peuvent ou ne peuvent pas construire sur un terrain donné. Si l’on considère la représentation graphique de l’offre et de la demande de logements, l’effet des taxes est de déplacer la courbe d’offre vers le haut.

En d’autres termes, (1) pour une quantité fixe de logements, l’effet d’une taxe est d’en augmenter le prix, le producteur répercutant la taxe sur l’acheteur, et (2) pour un prix fixe, la quantité de logements disponibles à ce prix est moindre, soit parce que les producteurs sont moins disposés à vendre à ce prix fixe, soit parce qu’il y a moins de producteurs capables de vendre à ce prix fixe sans subir de pertes.

L’ajout d’une courbe de demande typique (les personnes rationnelles sont plus disposées à acheter une quantité fixe de logements à un coût moindre, ou sont disposées à acquérir plus de logements à un prix fixe) nous permet de voir que l’effet de la taxation du logement est de déplacer l’équilibre du marché vers le haut et vers la gauche, c’est-à-dire qu’en réponse à la taxation, le marché produira moins de logements et les prix seront plus élevés.

La courbe d’offre de terres n’est pas la même

Chaque logement comprend une composante foncière (au sens premier du terme), c’est-à-dire un droit exclusif sur le terrain, à titre individuel ou en copropriété. Il s’agit d’un droit de monopole. Un propriétaire a, ou du moins devrait avoir, le droit exclusif de décider qui a le droit de pénétrer sur sa propriété et de décider de la manière dont le terrain est utilisé, ou non. Dans une société libérale, ces droits doivent être protégés par le gouvernement, si nécessaire par la force de l’état.

L’argument ci-dessus concernant le prix du marché du logement s’applique à la composante de l’offre que les économistes décrivent comme ayant une « élasticité » , c’est-à-dire que la quantité produite varie en fonction de son prix. Cela s’applique donc à la composante bâtie du logement. En revanche, la courbe de l’offre du sol n’est pas pareil, car la terre n’est pas produite, elle existe tout simplement. Les terrains existent en quantité fixe, déterminée par la surface de la Terre, qui est une constante. Les économistes appellent ce type d’offre « inélastique » . La courbe est une ligne droite verticale : quel que soit son prix, la quantité est fixée par nature.

Une taxe sur les terrains n’a donc aucun impact sur le marché du logement, car l’offre de terrains ne dépend pas de leur prix. Le prix des terrains est réglé uniquement par la demande. C’est-à-dire le prix marché est déterminé seuelement par combien les gens sont prêts à payer pour acquérir un droit au sol (bien sûr, un propriétaire aura toujours le choix de ne pas participer dans le marché en ne réalisant pas de transaction – nous reviendrons sur ce sujet plus bas). La production de la terre ne coûte rien, la terre est simplement accessible dans la nature, il s’ensuit que les considérations de coûts de production sont complètement hors de propos. Voici la représentation graphique du marché foncier.

Les personnes qui affirment que l’imposition des droits du sol aura un impact négatif sur le marché du logement ne comprennent pas le fonctionnement des marchés, ne croient pas au marché ou les deux [1]. Si l’on considère la courbe d’offre et de demande ci-dessus, le propriétaire foncier sera incapable de transférer une taxe sur la terre nue aux locataires ou aux acheteurs potentiels, indépendamment de ce à quoi ressemble la courbe de demande dans la réalité [2] et du montant de la taxe prélevée [3].

Le cas du propriétaire récalcitrant ; la bulle immobilière (et l’étalement urbain)

Le marché n’est pas le goulag, chacun est libre ou non de mettre ou pas son droit du sol sur le marché, soit de fixer son prix au-dessus du prix du marché. Sauf que, quand on a besoin de réaliser une transaction, les marchés ont tendance à ignorer les personnes qui pensent que le marché n’existe pas, ou que le marché a « tort ».

Vivant comme nous le faisons dans un monde où les gouvernements taxent principalement les activités humaines (la consommation, le capital et/ou le travail), et où les taxes sur les terres sont marginales ou inexistantes, un propriétaire peut toujours échapper à la logique du marché simplement en ne participant pas au marché : il ne vend ni ne loue ses terres. Dans le système fiscal actuel, il n’y a peu voire aucun coût associé à ce choix (il existe beaucoup d’exceptions à la TFPNB par exemple). Il n’y a pas non plus de coût d’amortissement, car contrairement aux bâti, les droits fonciers ne se déprécient pas ; ils sont perpétuels car la terre est fixe et sa surface nue ne se dégrade jamais. En effet, le marché foncier est caractérisé par la rétention foncière, où les propriétaires ont acheté un droit au sol bon marché et les conservent, sans même les mettre en valeur, souvant dans l’optique de réaliser une plus-value, ou autre transaction avantageuse, plus tard, lorsque le marché foncier se réchauffe [4].

Cette caractéristique de sous-utilisation ou de rétention est exacerbée par le fait que les terres ne sont pas fongibles. Vous ne pouvez pas compenser le manque de terrains dans le centre de Paris en important des terrains ruraux moins chers : c’est un non-sens dans le monde réel ; la disposition de la Terre est une loi de la physique. Les règles économiques qui valent pour les biens et les capitaux ne s’appliquent pas à la question du sol. Les terrains ruraux et agricoles auront les valeurs locatives beaucoup plus faibles car ils sont généralement éloignés des infrastructures et des grandes forces économiques qui créent la richesse et donc des rentes économiques. Il est peu probable que les terres qui sont actuellement sous l’eau aient une valeur locative, les mers étant en effet la forme moderne des terrains communs. Les Néerlandais ne créent pas de nouvelles terres avec leurs polders, ils retirent simplement l’eau des terres qui étaient auparavant immergées et les relient au continent, ce qui leur confère une valeur locative ou sociale. C’est la même chose quand une île est née au milieu de l’océan, la force volcanique se substituant au travail du moulin à eau.

En France les terrains situés dans le centre de Paris ont la valeur locative la plus élevée car ils sont capables de générer d’énormes richesses, étant au centre d’une des économies les plus dynamiques du monde. En économie, la richesse générée par le seul terrain (le droit du sol ou le monopole foncier – c’est tout pareil) est appelée une rente de situation. Elle est à ne pas confondre avec le loyer payé au propriétaire. Dans un loyer, une partie est un service lié à la production et à l’entretien du bâtiment et l’autre partie est la rente en fonction de la valeur sociale de la situation du bien et les droits dont disposent le propriétaire. Un même bien situé à Paris et une ville dans le Gers (disons par exemple un appartement F1 au deuxième étage d’un immeuble) n’attirera pas le même loyer : la différence c’est la rente de situation. Ceci est la loi de la rente de l’économiste classique David Ricardo. La rente est créée par toute la société, c’est une valeur sociale.

Un propriétaire fixera donc son loyer en fonction de ce qu’il pense que le marché supportera pour la situation et la qualité du bien. Dans un loyer le coût du service de la création et l’entretien du logement est confondu avec la rente de situation ; les propriétaires qui réussissent veillent à ce que le prix du service d’entretien du bien et le coût du capital soient bien inférieurs aux valeurs de loyer marché, ceci afin de réaliser les sur-profits dûs à la situation du bien. Pour beaucoup, ce processus n’est pas conscient, car l’immobilier, un immeuble, ça se transporte difficilement. Certains confondent les briques d’une maison avec le site sur lequel elle repose. Le lien entre un appartement et un droit au sol n’est pas évident pour tous. Quand on est à la recherche de sur-profits, on n’investit pas juste dans « la pierre » mais dans une localisation. Il est toutefois possible de déplacer physiquement les bâtiments, et cela se fait dans certains endroits où la valeur des bâtiment et des terrains est très élevée, comme à Singapore, et il est intéressant et de garder le bâtiment et de développer le site sur lequel reposait le bâtiment pour une autre utilisation plus avantageuse à la société.

Face à la surchauffe dans notre système fiscal actuel du marché foncier pour les terres à forte valeur sociale, l’une des solutions restantes est de se déplacer physiquement vers des zones plus éloignées où les terres sont moins chères. Le coût de la mobilité a diminué grâce au marché libre, ce qui a permis aux gens d’échapper à la logique écrasante de la bulle immobilière tout en restant connectés aux activités économiques dans les centres urbains. En effet, la logique derrière l’étalement urbain est principalement fiscale.

La « Land Value Tax » persuade les propriétaires fonciers d’aller sur le marché

Pour le propriétaire récalcitrant, le choix de ne pas participer au marché, de retenir ou de sous-utiliser son droit à la terre, devient toutefois plus onéreux à mesure que les taxes sur la terre seule deviennent plus importantes. La proposition de taxe dans cet article est un impôt sur la valeur locative de la terre nue, sans considération du bâti. C’est le propriétaire du site qui paie la taxe, tout comme les impôts fonciers français actuels (sur les propriétés bâties – TFPB – ou non – TFPNB), sauf que l’évaluation de la valeur locative ne tient pas compte de la façon dont le site a été développé. En anglais cette taxe s’appelle « Land Value Tax » , LVT, ou « Annual Ground Rent » , AGR. Un tel impôt sur le foncier est « l’impôt unique » des Physiocrates français et de Henry George [5]. A partir de maintenant, nous ferons référence à notre taxe unique comme « LVT » [6].

La LVT ne peut pas être transférée du vendeur à l’acheteur car il s’agit d’une taxe annuelle à payer par le propriétaire foncier, et nous avons démontré plus haut que le marché fait en sorte qu’il ne peut pas le transférer à son locataire. Face à une LVT un propriétaire du site a donc trois choix :

  1. payer la LVT à partir des recettes d’une autre source ou activité ;
  2. utiliser le site à des fins commerciales, soit par un propriétaire-entrepreneur lui-même, soit en le louant à un locataire qui paie un loyer dont une partie du loyer couvre la LVT ; ou,
  3. vendre le site et les bâtiments qui s’y trouvent, ou l’appartement et les droits au sol qui y sont associés [7]

Avec la taxation de la valeur foncière, alors l’utilisation des terres est optimisée par la puissance du marché.

Conclusion

Les propriétaires fonciers ne peuvent pas répercuter la LVT sur le locataire car le marché foncier ne le permet pas.

Dans l’environnement fiscal actuel, les propriétaires sont habitués à n’avoir que peu ou pas de contraintes économiques pour échapper à la logique du marché du sol. Ce cadeau du gouvernement est en outre alimenté par des réglementations en matière de construction qui limitent ce que peuvent faire les personnes qui souhaitent réellement fournir des logements, ou utiliser les terres de manière optimale. Notre système fiscal saigne les travailleurs, le capital et le libre-échange, tout cela en faveur des personnes qui possèdent des droits sur un terrain ou un autre.

Beaucoup de gens, y compris des économistes [8] ne sont pas conscients de la façon dont notre système fiscal transfère l’argent des travailleurs et du capital aux propriétaires fonciers.

Ce qu’il faut pour remédier à cette situation, c’est l’imposition de la valeur des terres et la liberté pour les propriétaires fonciers de déterminer seuls l’utilisation de leurs terres.


[1] Il y a bien sûr une autre explication, à savoir que certains qui sont au courant de la question foncière ne veulent pas que vous sachiez qu’avec une taxe sur la terre nue ad valorem, le marché ne permet pas au propriétaire de transférer cette taxe sur un locataire ou un acheteur.

[2] Je reconnais que ces analyses de l’offre et de la demande présentent deux faiblesses. La première est qu’elles impliquent que les marchés atteignent l’équilibre immédiatement, et que cet équilibre est statique : les courbes ne bougent pas dans le temps ou le font lentement. La seconde est que pour les biens ayant une élasticité, il est assez difficile de déterminer exactement à quoi ressemblent les courbes. La page wikipedia sur l’élasticité approfondit ce sujet. Cependant, pour les besoins de la démonstration dans cet article, nous sommes absolument certains d’une chose, à savoir la forme de la courbe d’offre pour tout ce qui est parfaitement inélastique, comme les terres, le spectre électromagnétique ou les positions orbitales autour de la Terre : quel que soit le prix, ces éléments font l’objet d’une offre parfaitement fixe. Quelque soit la forme de la courbe de demande, si l’offre est parfaitement inélastique, nous savons avec certitude que c’est la demande qui fixe le prix et non les « coûts de production » car celles-ci n’existent pas.

[3] L’ironie de notre système fiscal actuel est que d’importantes sommes d’argent sont échangées contre des droits fonciers sur quelque chose que l’argent ne peut produire et qui ne coûte rien à produire. Les propriétaires fonciers les moins à même de soutenir la LVT (c.f. la définition de ce terme plus loin dans l’article) sont les investisseurs spéculatifs qui empruntent de l’argent (et doivent donc payer des intérêts sur ce capital) pour acquérir des terres et qui ne les utilisent pas pleinement, mais qui espèrent réaliser d’importantes plus-values. Étant donné l’offre fixe de terrains, ces spéculateurs sont les principaux responsables de la surchauffe du marché immobilier et de la nature cyclique des économies. Il existe différents points de vue sur le taux idéal de la LVT que les gouvernements devraient fixer (voir note de bas de page n°5 ci-dessous). Le point de vue géolibéral est que le taux de la LVT devrait être fixé de telle sorte que la totalité de la rente foncière (voir plus loin dans l’article concernant la loi sur la rente de David Ricardo) soit reversée par le propriétaire foncier à la communauté, qui peut alors soit la détruire (une sorte de « Quantitative Tightening » ), soit la redistribuer sous forme de revenu de base universel à chaque citoyen. La justice de ce système fiscal est que le propriétaire foncier n’est pas le créateur de la rente foncière. Des politiques encore plus radicales pourraient exister, fixant la LVT à un niveau supérieur à la valeur locative du terrain nu. Cela rendrait la possession privée de la terre non rentable même pour les meilleures utilisations. L’objectif d’une telle politique serait de rendre la propriété de toutes les terres au bien commun, car les propriétaires fonciers rationnels renonceraient simplement à leurs droits exclusifs. Il est important de noter que cela ne signifie pas que l’État deviendrait alors propriétaire de toutes les terres, mais que celles-ci reviendraient au patrimoine commun. Les terres communes sont librement accessibles à tous, alors que l’État peut décider de restreindre l’accès et l’utilisation de ses terres (à des fins militaires, par exemple).

[4] L’augmentation du prix des terrains et des loyers est un bon exemple à présenter aux personnes qui croient de manière fallacieuse que la rente foncière (c’est une rente de monopole) n’existe pas ou qu’elle n’est pas créée par la collectivité. Comme si le travail de David Ricardo n’était pour rien. La terre ne coûte rien à produire, sa valeur est créée par uniquement par la demande, c’est-à-dire par la collectivité. Plus l’économie (un travail collectif) grandit et plus la collectivité investit autour d’un lieu donné (logements, emplois, commerces, écoles, transports, …), plus la valeur sociale d’un site augmente et plus la rente économique qui peut être captée par son propriétaire est importante. Cela se traduit par les prix d’achat ou des loyers plus importants dans les lieux socialement importants, comme par exemple le centre de Paris.

[5] il y a une différence entre la vision des Physiocrates et le Georgism tel que décrit dans cet article.

[6] La LVT est conçue comme un impôt unique, destiné à remplacer tous les autres impôts. Il ne s’agit peut-être pas de la seule taxe ayant une justification libérale, puisque nous pourrions également envisager de taxer la valeur locative d’autres biens inélastiques, ou de mettre en place des taxes pigouviennes sur les externalités négatives, comme une taxe sur le carbone. Certains affirment que la LVT ne générera jamais autant de recettes que notre système fiscal actuel, bien que le principe « ATCOR » indique que la LVT, en tant que taxe unique, stimulerait en fait l’économie et augmenterait les recettes fiscales de manière assez significative.

[7] On suppose qu’un propriétaire pourrait vendre le bâtiment et les droits du sol séparément. En tout état de cause, un promoteur immobilier n’est intéressé que par les droits, et généralement pas par l’ensemble du bâtiment. Ce n’est que dans certains cas qu’un promoteur immobilier est intéressé par la conservation d’une partie du bâtiment d’origine (voir façadisme).

[8] De nombreux économistes sous-estiment considérablement l’importance de la terre. En effet, une éducation économique moderne se concentrera invariablement sur ces écoles de pensée néoclassiques (comme le keynésianisme ou le marxisme) qui confondent la terre et le capital. Le grand public a également une très mauvaise compréhension de l’économie et se méfie beaucoup du « marché » , croyant qu’il s’agit d’une conspiration libérale plutôt qu’une description de la nature ou même quelque chose qui pourrait agir dans l’intérêt public.

Arnold Harberger

Arnold C. Harberger est un économiste américain à l’origine des idées utilisées largement dans le domaine de l’économie : le « triangle de Harberger » et la « taxe de Harberger ».

Le triangle de Harberger représente dans un graphique d’offre et de demande, la perte sèche (« deadweight loss » – perte de poids mort en anglais) qui se produit dans des situations de concurrence monopolistique, d’externalités, de taxes ou de subventions gouvernementales dans certains marchés économiques. La taille du triangle mesure l’inefficience dans l’allocation des ressources. Par exemple, pour une ressource dont la demande est « élastique », c’est-à-dire que la demande du marché baisse avec le prix de la ressource, une taxe fait diminuer la quantité échangée. En conséquence, le consommateur est perdant (et aussi le producteur pour une offre dite « élastique » où la production augmente avec le prix) et les recettes fiscales sont réalisées en étouffant l’économie.

La taxe de Harberger est une taxe autoévaluée qui fonctionne comme il suit : les citoyens évaluent eux-mêmes la valeur de leurs propres biens et paient un impôt sur cette valeur ; à tout moment, n’importe qui d’autre peut acheter le bien à ce prix, forçant ainsi la vente.

Cette taxe est une politique économique qui vise à établir un équilibre entre la propriété privée pure et la propriété commune totale afin d’accroître le bien-être général de la société. Elle permet de s’assurer que la propriété est utilisée de manière plus productive, ce qui entraîne une augmentation de la productivité économique globale. Elle maintient le pouvoir du marché tout en réduisant les inefficacités dans la manière dont la propriété est actuellement allouée. Au prix d’un coût relatif pour l’efficacité du rendement des investissements, elle réduit la prévalence des monopoles qui excluent la société des capacités de production de richesse d’un actif.

The Hierarchy of Control applied to Road Danger

Ideas first written up on 23 January 2022

With all the recent hoo-ha in France on the proposition in the senate to make cycling helmets obligatory for all cyclists and not just children, this graphic that I first adapted in 2019 has resurfaced. It’s time to explain the thinking behind it.

Origins

The graphic is based on the hierarchy of hazard control of the US National Institute for Occupational Safety and Health. This institute is a part of the US Centers for Disease Control & Prevention (the CDC) which is a government agency (and not part of the « industry » as one commentator tried to establish).

The most popular (on twitter at least) application of this hierarchy to road danger has been made by cycling advocates Copenhagenize as follows:

This analysis is probably very persuasive if you are an urban cyclist. The thing is, not everyone is an urban cyclist, or at least not all of the time. Even in the « ideal » case (were it possible), where everybody took a bike, walked or bussed every trip we will still not have eliminated road danger completely. Saying that road danger is « motor vehicles » is rather unsatisfactory: are electric bikes motor vehicles? If buses are also motor vehicles, how then are they substitution of motor vehicles? It makes little sense. The NIOSH hierarchy ought to be put the the benefit of reducing road danger in general, for all road users everywhere. To do this requires us to define better what we mean by « road danger ».

Defining road danger

I will simply define road danger as danger in the road environment. A road is « the entire surface of any way or street open to public traffic ». The aspect « open to the public » is an important point of the definition since the point of a road is to allow free movement for all users. Road danger varies spatially and temporally. The danger to a road user consists of:

  • the physical state of the roadway;
  • the consequences of that person’s own actions and choices; and,
  • the actions and choices of other road users.

With such a definition, let’s start at the bottom of the hierarchy and work our way up.

1. Protect yourself from the danger

Occupying the lowest rank is the use equipment to protect yourself from danger. Important note: saying « lowest rank » does not mean that PPE does not work. Seatbelts, anti-viral masks and cycle helmets work to their specified performance when used according to their manufacturers’ instructions. What this ranking means is that PPE has its physical and psychological limits, and strategies to protect persons should be after all others have been employed. The first limit of PPE is people’s capabality to use the equipment properly (a proportion of cyclists do not know how to wear a cycle helmet correctly, for example). The second is that their use can result in riskier behaviour (see « risk homeostasis »). In the road environment your choice of protective equipment may also increase danger for other users. This could be in choosing to drive a larger, heavier vehicle that performs (from the point of view of its occupants) better in a collision, or it could be that the protective equipment transfers the danger of riskier behaviour to more vulnerable road users (see risk compensation and transfer of risk).

2. Change people’s behaviour (administrative control)

The next lowest category is that which includes training, education, examination and policing. The effectiveness of rules-based control depends on the understanding of the rules and their basis in terms of safety, their perceived fairness and the immediacy of sanctions when the rules are broken. Apart from automatic devices such as radars, controls are in most western democracies very infrequent relative to the number of trips. The vast majority of people adjust their behaviour vicariously and according to what they believe they can get away with, not only with respect to law enforcement but also with respect to their peers. Amongst motorists, speeding, mobile phone use at the wheel and not allowing enough safety margins (tailgating, corner-cutting, close-passing, « amber gambling » etcetera) are very common behaviours.

The relative ineffectiveness of policing to prevent road danger is proven by the themes that recur daily in the « news items » column of the local press. Whereas in highly regulated transport industries such as air travel the same causes of accidents recur only on rare occasions, the exact same causes of road collisions repeat on a depressingly daily basis. Police operations occur infrequently and thus net high proportions of infractions. Only in authoritarian states could the threat of sanctions actually have a bearing on the behaviour of the average road user.

Insistence on administrative controls as a road safety strategy has the undesirable effect of producing false equivalences and can dilute the responsibility of those with the greatest capacity to harm, even unintentionally. Rule books may define different categories of seriousness of rule-breaking, but they generally set out rights and responsibilities to each type of road user. If access to our roads is to be equal, responsibility ought to be apportioned according to one’s ability to harm others. In a collision between the powerful (a driver) and the vulnerable (a pedestrian, say) any road rules that the pedestrian did not happen to be observing at the time of the collision will certainly be used to diminish the responsibility of the driver, even if the rule-breaking had nothing to do with the collision or its consequences (not wearing a helmet where it is mandatory has little bearing on a cyclist in collision with a lorry, but the press will systematically report how the cyclist was equipped, the same goes for cyclist visibility aids in urban areas with street lighting).

Another unwanted effect of over-importance of rulebooks is that they remove the onus on urbanists and engineers to create road environments that can be « read » and understood on sight, without having to refer to a rulebook. The Dutch example of designing safety into the road design itself, which is perhaps twenty years ahead of the rest of the world, is only just starting to make it out of the Netherlands to places where paint and signposts dominate a largely illegible landscape.

3. Isolate people from the danger (engineering control)

Isolating people from road danger is a category that includes:

  • the devices on-board vehicles that enable collisions to be avoided or that ensure the energy of collision is reduced; and,
  • the road engineering to separate physically different types of road user (motor traffic, cyclists and pedestrians).

Physically separating motor vehicles into a dedicated part of the roadway has the drawback of excluding the least dangerous users from that part and making their journeys longer. This exclusion is either intentional, as a part of the design, or understood implicitly by users despite road rules allowing pedestrians or cyclists access to all parts of the way (in France it is a little known fact that pedestrians have priority everywhere, except on motorways). The experience of pedestrians and cyclists have worsened as cities have been transformed to accommodate the automobile. Some would be surprised to learn that the type of dedicated cycle infrastructure now ubiquitous in the Netherlands was first built in the UK in the early 20th century. The reason it no longer exists is because cycling advocates saw it as a wedge to remove the right to cycle the highway as any other vehicle, and pushed back against it. Only now after many decades are dedicated cycle lanes making a comeback in the UK.

4. Replace the danger with a less dangerous substitute

The danger of collision depends on the number of vehicles in the road environment and their destructive capacity, which is to say reducing the available kinetic energy in collisions, and mass/volume for the danger of being toppled or crushed. The difficulty of implementing substitution is that individuals will tend to favour their own safety over that of others. A strategy of substitution therefore means the implementation of discincentives for private vehicles that are larger, heavier and/or more powerful, and incentives for active mobility and urban transport. The panel of measures includes:

  • taxes and urban tolls according to vehicle size, weight and power;
  • otherwise encouraging car-sharing and public transport;
  • removal of road infrastructure, including parking, according to vehicle size and weight;
  • stricter requirements on drivers according to vehicle size, weight and power;
  • encouragement of active travel by widening pavements and installing interconnected cycle infrastructure.

The « ban cars » or « ban motor vehicles » approach of cycle activists is substitution. It assumes that the distances between destinations are unchanged but that more people are walking, cycling or taking the bus instead. The « ban » strategy is only elimination insofar as it removes frivolous journeys, that is to say in making people give up on a journey altogether, either because it was unnecessary or because the errand can be entrusted to someone else making the same trip. In such a world road danger will have been drastically reduced. Danger on the roads will still exist, however, and will originate principally from the remaining public transport and heavy goods vehicles for which there are few drastically safer substitutes.

5. Eliminate the danger

Road danger is eliminated according to those strategies that remove our exposure to travel by road. The following strategies constitute elimination of road danger:

  • Teleworking;
  • Rail travel (intercity rail, urban light rail, metro systems, guided buses and tramways running on dedicated, exclusive ways);
  • Any strategy that removes trips or makes them shorter: accessibility and urban density.

Perhaps the most elegant demonstration of the effectiveness of such strategies is this correlation between the percentage change in fuel purchases (which is a very good proxy for distance traveled and therefore road exposure) against that in personal injuries on the roads in France during the COVID19 pandemic.

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Urban density and accessibility eliminates road danger not only by ensuring that the distance from where people find themselves to where they need to get to is shorter, so they are less exposed to the road environment, but also by enabling the viability of substitutes like active mobility and mass transport / transit. If you telework from an apartment situated above a shopping mall, in a neighborhood with nearby access to services like education, health services, entertainment and public transport, both your contribution and your exposure to road danger will be exceedingly low. By way of demonstration we can compare the figures for high density, public-transport dominated Hong Kong and relatively low density (outside of Paris), private-motor dominated France.

In Hong Kong, where road travel and urban density are constrained by geography, fatal road collisions are just under three times less prevalent per head of population than in France.

There is an argument that on-line shopping is road danger reduction at source, to the extent that the delivery is made to a walkable pick-up point along with a number of other items and the online activity replaces private car journeys to retail outlets.

The origin of this article has been the propopsal of mandatory cycling helmets in France. This is a proposal for PPE (the least effective strategy) to be made mandatory (an administrative control, the next least effective strategy). Comparisons have been made with seatbelt legislation, with anti-mandate cyclists being portrayed as dangerous cranks (no pun intended!). One rebuttal by cycling advocates focuses on the relative effectiveness of seatbelts and, what are in effect, polystyrene hats. Such a technical comparison overlooks however not only the three more effective strategies laid out above, but also the fact that there is no evidence that mandatory seatbelt legislation changed anything in the UK, something that is well documented in John Adams’ blog.

From this graph, can you identify the year in which the UK made seatbelts mandatory? It was in 1983, and seatbelt wearing jumped from a minority behaviour to a majority one almost overnight, yet there was no corresponding jump in the year-on-year road death figures.

(Just by way of reminder, as these things need to be repeated, neither this article nor John Adams are saying that seat-belts are not effective, only that mandates for PPE are ineffective)

If an administrative control for PPE changed nothing for motoring, why should it do anything for cycling?The mandatory seatbelt law in 1983 and the massive and almost immediate popular adherence to seatbelt-wearing that followed did however increase road danger for vulnerable users: pedestrians and cyclists. This is a demonstration of risk transfer – widespread seatbelt use enabled motorists to soak up the safety benefits in taking more risks (using more speed and/or leaving less margins), and this change in behaviour was « paid for » by those without seatbelts: pedestrians and cyclists.

The introduction of the law on mandatory seat belts in 1983 was accomanied by an increase in the ratio of pedestrian & cyclist fatalities with respect to those for car occupants (from Seat belts: another look at the data » John Adams (john-adams.co.uk))

And the evidence that laws mandating cycle helmets reduce rates of cycling, thus making cycling more dangerous by removing safety in numbers, exists from New Zealand.

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When it comes to reducing road danger at source, land value taxation has the propensity to bring well-located land into productive use, which would mean that it would tend to reduce distances between where people are and where they need to get to. I think that here we can definitely say « LVT solves this! »

Notes

The latest proposal for making cycle helmets mandatory comes from François Bonneau, senator for the Charente département in France.

La taxation est-elle le vol, ou est-ce plutôt la propriété le vol ?

Les arguments entre les libertariens de droite et de gauche droite peuvent se terminer par un désaccord sur les questions fiscales en raison d’idées divergentes sur ce que l’on entend précisément par le terme « propriété ».

La propriété est une convention humaine. Lorsque nous parlons de propriété, nous supposons que tout le monde sait de quoi nous parlons. Cependant, historiquement et selon son pays de résidence, il existe une multitude d’arrangements différents en matière de propriété et chacun d’entre eux présente des avantages et des inconvénients [1].

Lorsqu’un Geoist suggère que l’État devrait taxer seulement les propriétaires fonciers la valeur locative non améliorée de leurs terrains (c’est-à-dire la valeur locative du sous-jacent), une telle proposition se fonde sur l’idée Geoist de la propriété foncière, c’est-à-dire que la valeur locative du site, sans considération des améliorations apportées par le propriétaire, a été créée par la communauté et n’appartient pas de droit au propriétaire du site. L’impôt unique (la « single tax ») proposée par les Geoist est donc un remède non violent à l’injustice faite à la collectivité par le propriétaire du site qui capte la plus-value, ou rente économique, qu’il n’a pas lui-même créée [2].

En effet, il serait peut-être préférable d’appeler cette « single tax » un « loyer foncier annuel », car ce terme reflète mieux l’idée que le propriétaire du site paie un dû à la communauté, en échange du privilège de monopoliser une ressource strictement finie et non fongible.

Avec la proposition Geoist, il n’y a pas de taxation, seulement de la justice. Nous pouvons donc dire avec confiance que, dans un tel cadre de référence non seulement « la taxation, c’est le vol », mais aussi – si nous définissons la propriété comme étant les droits exclusifs à un emplacement sur la surface de la terre – que « la propriété, c’est le vol ».

La force de la proposition d’Henry George est qu’elle fournit une justification solide de la raison pour laquelle un État devrait prendre un revenu de ses citoyens, et elle spécifie exactement quel revenu la communauté peut prendre de droit.

De telles justifications sont quasi-absentes non seulement de notre système fiscal actuel, mais aussi de la plupart des débats sur la fiscalité. C’est dommage. Les États fixent des impôts sur une large gamme d’activités à des taux relativement faibles, en espérant que les gens ne remarqueront pas ou ne s’y opposeront pas, avec comme principale justification que « les services publics doivent être financés ». Au lieu de se concentrer sur les avantages ou inconvénients des différents types d’impôts, de nombreuses critiques du système fiscal actuel s’attaquent au niveau d’imposition (en termes de pourcentage du PIB perçu) et à la manière dont la recette est dépensée. Or, la toute première chose à faire c’est de déterminer si un impôt est juste ou non, et si oui, de le poursuivre indépendamment du montant des recettes générées. De même, une fois que nous avons déterminé qu’une taxe est injuste et contre-productive (par exemple les taxes sur le travail ou sur la consommation), elle doit être supprimée.

Un débat sur ce que devrait être le résultat sans discuter de la méthode est voué à être stérile et peu concluant. Quel est le niveau correct d’imposition ? Est-ce 10 %, 20 % ou 50 % du PIB ? Comment les gens sont-ils censés réfléchir à ce qui est le « juste niveau » sans disposer d’arguments économiques ou moraux sur ce qui doit être taxé et pour quelles raisons ? À ce niveau du débat, l’affirmation « l’impôt c’est du vol » a à peu près autant de sens que les diverses déclarations de Proudhon sur la propriété.

On attribue à Prouhon les citations suivantes :

« la propriété, c’est le vol ! » ;

« la propriété, c’est la liberté ! » ; et,

« la propriété, c’est impossible ! »

Less Antman « Is Property Theft?”

Je reste convaincu qu’il n’y aura pas de réduction de la taille de l’État et de sa soif de revenu tant que les critiques ne s’éloigneront pas du résultat pour se concentrer sur la méthode. En attendant, si cela arrive un jour, je m’en tiendrai au brillant Henry George qui a promis de combattre le parasitisme tout en laissant intacts le capital et la libre entreprise. Henry George a effectivement comblé le fossé entre Adam Smith et J.-L. Proudhon.


[1] Concernant la forme de propriété la plus importante – la propriété foncière – un bon point de départ pour en savoir plus sur cette histoire en constante évolution est le livre d’Andro Linklater « Owning the Earth« .

[2] Il convient de noter ici la suggestion intrinsèquement non violente et donc libertarienne d’Henry George, en opposition aux remèdes violents proposés par des autoritaires tels que Mao qui demandaient que les propriétaires fonciers soient tués, ou tout simplement que ces propriétaires soient expropriés.

La théorie du trou du cul

Cet article présente la théorie de Francis McRae sur certains qui s’auto-proclament « libertarien » et qui soutiennent une réglementation restrictive en matière d’urbanisme.

Ces gens méritent un mépris particulier. Le principe directeur de ces gens est une misanthropie creuse, mais leur culot est tel qu’ils doivent l’habiller de faste intellectuel. Le libertarianisme semble bien convenir parce qu’il les libère de leurs obligations envers la société dont ils ont bénéficié & ils en apprécient la dureté. Mais le problème pour ces connards, c’est que parfois, la liberté aide des gens qui ne sont pas comme eux et perturbent le privilège dont ils jouissent. Dans les rares cas où cela ne leur profite pas, notre trou du cul abandonnera tout simplement le principe de la liberté avant tout.

D’après les idéaux des libéraux classiques, le gouvernement n’est pas toujours compétent, efficace ou bienveillant. La réglementation est souvent captée par des intérêts étroits. Les marchés libres peuvent offrir de vastes avantages et les gens devraient être libérés de toute interférence. Mais le domaine de politique le plus évident où un marché plus libre par rapport au statu quo pourrait apporter le plus d’avantages est celui de l’urbanisation et de la réglementation.

Les règles d’urbanisme ont été saisies par de puissants propriétaires terriens. Ces règles et restrictions ont rendu le logement cher, quelques personnes riches et la société beaucoup moins équitable. Alors bien sûr, ces connards adorent la réglementation en matière de urbanisme.

Les gens ne veulent pas de densité. Mais est-ce réellement vrai ? Le marché envoie des signaux de prix qui aboutiraient à une densité construite si ce n’était des règles d’urbanisme l’interdisant. De nombreux propriétaires fonciers vendraient volontiers à des promoteurs, ces derniers construiraient et les gens emménageraient dans les appartements qui en résulteraient. Les habitants des villes veulent de la densité, mais les règles d’urbanisme l’empêchent. Quelques propriétaires égoïstes bénéficiant du statu quo ne veulent pas de densité.

Et les propriétaires fonciers égoïstes s’efforcent de faire obstacle à un développement dense dans une des zones du pays où il est viable. Pourquoi ces connards ne déménageraient-ils pas dans les autres 99,9% du pays qui ne seront jamais denses au lieu de dire en ricanant aux gens de s’installer à la ville ?

On se le demande !

Les Physiocrates et l’Impôt Unique

Adaptation de cet article écrit par Paul Zarembka de Université d’État de New York à Buffalo.

Les physiocrates méritent la distinction d’être les fondateurs de l’économie politique. L’Impôt Unique reste à mettre en œuvre, tout comme leur héritage de libre-échange et de marchés libres.

Paul Zarembka

INTRODUCTION

François Quesnay, fondateur de l’école physiocratique d’économie politique, fut médecin de la cour de Louis XV et publia son Tableau Economique en 1758. La première traduction anglaise a été décrite en 1766 comme

une tentative de déterminer et d’exposer la source, le progrès et l’emploi des richesses, avec des explications

« l’ami de l’humanité, le célèbre » MARQUIS de MIRABEAU

Utilisant le paradigme d’une société agricole, le Tableau retrace le flux de production dans un système fermé. Les références malheureuses aux avancées stériles de la fabrication ou du commerce ont ensuite été utilisées pour discréditer l’analyse. Mais qu’il s’agisse d’un malentendu sur la terminologie particulière employée ou d’une erreur fondamentale de l’école, les vérités profondes des Physiocrates ont été généralement ignorées. Pourtant, Adam Smith, qui a reconnu la contribution de l’industrie et du commerce, a dit ceci des Physiocrates dans son Enquête sur la Nature et les Causes de la Richesse des Nations (« Wealth of Nations ») :

Ce système, cependant, avec toutes ses imperfections, est peut-être l’approximation la plus proche de la vérité qui a été publiée jusqu’à présent sur le sujet de l’économie politique, et vaut à ce titre la considération de tout homme qui souhaite examiner avec attention les principes de cette science très importante.

Adam Smith

Adam Smith, qui a beaucoup étudié les travaux des Physiocrates lorsqu’il résidait en France, était le plus au courant de l’orientation libérale et de libre marché du groupe. Dans La Richesse des Nations, Smith fait référence à plusieurs reprises à la richesse réelle comme étant le produit annuel de la terre et du travail d’une communauté, conformément à l’accent mis par les physiocrates sur la terre comme source de toute richesse.

LES DISCIPLES DE QUESNAY

Au cours du siècle des Lumières, dans la dernière partie du XVIIIe siècle, un certain nombre d’éminents Français ont fait connaître et développé l’ordre naturel préconisé par Quesnay. Parmi eux, Condorcet, Mirabeau, Le Mercier de la Rivière, l’abbé Baudeau, Dupont de Nemours, Gournay (celui qui aurait inventé le terme « Laissez Faire Laissez Passer ») et Turgot (ministre des finances sous Louis XVI, limogé en 1776). Les Physiocrates ont eu leur bref moment au soleil. Mais leur philosophie de la liberté économique a été éclipsée et balayée avec l’avènement de la Révolution Française.

Thomas Paine a sans aucun doute été influencé par les physiocrates puisque, lorsqu’il résidait en France, il a visité le physiocrate Condorcet avec lequel il entretenait des liens étroits. Dans son tract, La Justice Agraire (Agrarian Justice) Paine préconise d’utiliser la rente des terres pour les recettes publiques.

HENRY GEORGE ET LES PHYSIOCRATES

Bien que n’étant pas un disciple de Quesnay puisque son analyse des lois de la production et de la distribution des richesses ainsi que la radicalité de son remède différaient sensiblement de celle du Français, l’affinité de la philosophie d’Henry George avec celle des physiocrates est évidente. Les longues citations suivantes du livre « Progrès et Pauvreté » démontrent sa familiarité avec leurs doctrines :

Mais il y a eu une école d’économistes qui a clairement perçu, ce qui est clair pour les perceptions naturelles des hommes lorsqu’ils ne sont pas influencés par l’habitude, que les revenus de la propriété commune, la terre, devraient être affectés au service commun. Les économistes (Physiocrates) français du siècle dernier, dirigés par Quesnay et Turgot, ont proposé exactement ce que j’ai proposé, à savoir que toute imposition devrait être abolie, à l’exception d’une taxe sur la valeur des terres. Comme je ne connais les doctrines de Quesnay et de ses disciples que par l’intermédiaire des écrivains anglais, je ne suis pas en mesure de dire dans quelle mesure ses idées particulières sur l’agriculture comme seule activité productive, etcetera sont des appréhensions erronées ou de simples particularités terminologiques. Mais je suis certain, d’après la proposition à laquelle sa théorie a abouti, qu’il a vu la relation fondamentale entre la terre et le travail, qui a depuis été perdue de vue, et qu’il est parvenu à la vérité pratique, même si c’est peut-être par un raisonnement mal exprimé. Les causes qui laissent entre les mains du propriétaire un « filet à produits » n’étaient pas mieux expliquées par les Physiocrates que l’aspiration d’une pompe ne l’était par l’hypothèse que la nature abhorre le vide, mais le fait dans ses relations pratiques avec l’économie sociale était reconnu, et le bénéfice qui résulterait de la liberté parfaite donnée à l’industrie et au commerce par la substitution d’une taxe sur la rente à toutes les impositions qui entravent et faussent l’application du travail était sans doute aussi clairement vu par eux que par moi. L’une des choses les plus regrettables de la Révolution Française est qu’elle a submergé les idées des économistes, au moment même où ceux-ci se renforçaient dans les classes dirigeantes, et étaient apparemment sur le point d’influencer la législation fiscale.

Henry George – « Progrès et pauvreté »

Dans sa dédicace à la protection ou au libre-échange (Dedication to Protection or Free Trade) de 1886, Henry George écrit :

À la mémoire de ces illustres Français d’il y a un siècle, Quesnay, Turgot, Mirabeau, Condorcet, Dupont et leurs compagnons qui, dans la nuit du despotisme, ont prédit les gloires du jour à venir.

Dans « La Science de l’Economie Politique » (The Science of Political Economy) de 1897, Henry George écrit :

…Dans leur proposition pratique, l’impôt unique, ils ont proposé le seul moyen par lequel le principe du libre-échange peut être mené à sa conclusion logique – la liberté non seulement du commerce, mais de toutes les autres formes et modes de production, avec une liberté totale d’accès à l’élément naturel qui est essentiel à toute production.

…Ces « économistes » français, plus connus aujourd’hui sous le nom de « Physiocrates », les promoteurs de l’impôt unique, avaient mis la main sur ce qui, dans ses orientations philosophiques et politiques, est probablement la plus grande des vérités ; mais ils l’avaient fait par des appréhensions curieusement déformées. Pour eux, cependant, c’était comme un arc-en-ciel vu à travers les nuages. Ils n’ont pas vu la courbe majestueuse dans toute sa largeur, et se sont efforcés de remédier à leur manque de perspicacité par une terminologie confuse et déroutante. Mais ce qu’ils ont vu leur a montré sa tendance, et ils ont senti que l’on pouvait se fier aux lois naturelles là où les tentatives d’ordonner le monde par la législation humaine seraient certaines de s’égarer.

L’ordre naturel, le libre-échange, les marchés libres, les hommes libres & l’impôt unique – telle est l’affinité d’Henry George avec les Physiocrates.

L’IMPOT UNIQUE DES PHYSIOCRATES VERSUS CELUI DE GEORGE (la « SINGLE TAX »)

Les Physiocrates préconisaient l’impôt unique pour faire payer les dépenses du souverain aux propriétaires terriens de France, évitant ainsi l’imposition onéreuse des paysans, des ouvriers et des cultivateurs de la terre. Il devait s’agir d’un prélèvement sur la valeur de la terre à l’exclusion des améliorations telles que les récoltes, les maisons, les granges, la fertilisation – ainsi que sur la richesse(*) produite par le travail et le capital utilisant la terre, source de toute richesse.

(*) En économie politique, une définition concise et fonctionnelle de la richesse est le produit tangible de l’effort humain (travail) ayant une valeur d’échange. Le capital est une richesse utilisée pour produire plus ou d’autres richesses. Ainsi, les preuves d’endettement ou d’obligation ; terre, argent, actions, obligations ; ne font pas partie de la richesse des nations. Même le grand Adam Smith est parfois tombé dans la confusion, en désignant certains attributs du travail comme capital, et dans sa théorie erronée de la valeur -travail.

On a estimé que l’impôt unique aurait permis de collecter environ un tiers de la rente foncière (Ground Rent) pour les dépenses souveraines. Mais même cette réforme modérée n’a jamais été mise en œuvre. La proposition d’Henry George d’un impôt unique ou single tax (**) sur la rente foncière était plus radicale, impliquant la perception de la totalité ou de la quasi-totalité de la rente foncière à des fins publiques ou communautaires. Les propriétaires fonciers privés auraient l’usage et la possession exclusifs de leurs terres sans confiscation arbitraire par l’État. Mais le profit ou le gain provenant uniquement de la détention d’un titre foncier ainsi que la spéculation foncière si répandue dans et autour des villes seraient exclus.

(**) Il y a un paradoxe dans ce concept d’ « impôt unique ». Dans sa forme, il peut apparaître comme un autre type d’impôt mais, en substance, il s’agit d’une prise par la collectivité de cette valeur exclusivement créée par la collectivité puisque la genèse de la rente foncière est (a) la population combinée à (b) la production. Le rôle de propriétaire foncier est un parasite de la production – il s’agit d’un monopoliste – bien que ce rôle puisse être cumulé avec d’autres rôles (agriculteur, producteur, fournisseur de logement …) qui sont bien évidemment des acteurs en faveur de la production.

SMITH ET RICARDO SUR LA RENTE FONCIÈRE

Bien que pour eux le sujet de l’Impôt Unique n’était pas un thème central à leurs dissertations comme leurs prédécesseurs français, Adam Smith et David Ricardo étaient bien conscients de la différence importante entre la terre et le capital et entre la rente foncière et les intérêts (ou le rendement du stock) comme le démontrent les citations sélectionnées suivantes :

La rente de la terre varie non seulement en fonction de sa fertilité, quelle que soit sa production, mais aussi en fonction de sa situation, quelle que soit sa fertilité. Les terres situées dans le voisinage d’une ville donnent une rente plus élevée que les terres également fertiles dans une région éloignée du pays.

Adam Smith, La Richesse des Nations, Livre I, Chapitre X, Partie I

Je conclurai ce très long chapitre en observant que toute amélioration de la situation de la population tend, directement ou indirectement, à augmenter la rente foncière réelle, à accroître la richesse réelle du propriétaire, son pouvoir d’achat de la main-d’œuvre ou le produit du travail d’autres personnes.

Adam Smith, La Richesse des Nations, Livre I, Chapitre XI, Conclusion

La rente foncière et le loyer ordinaire d’un terrain sont tous deux une espèce de revenu dont le propriétaire, dans de nombreux cas, jouit sans aucun soin ou attention de sa part. Bien qu’une partie de ces revenus lui soit retirée pour couvrir les dépenses de l’État, aucune industrie ne sera découragée. Le produit annuel de la terre et du travail de la société, la richesse et les revenus réels de la grande masse du peuple, pourraient être les mêmes après un tel impôt qu’auparavant. Les rentes foncières, et la rente ordinaire de la terre, sont donc, peut-être, l’espèce de revenu qui peut le mieux supporter un impôt particulier qui leur est imposé.

Adam Smith, La Richesse des Nations, Livre V, chapitre II, article I

Si toutes les terres avaient les mêmes propriétés, si elles étaient illimitées en quantité et uniformes en qualité, aucune redevance ne pourrait être perçue pour leur utilisation, sauf si elles présentent des avantages de situation particuliers. Ce n’est qu’alors, parce que la terre n’est pas illimitée en quantité et uniforme en qualité, et parce que, dans le progrès de la population, des terres de qualité inférieure, ou moins avantageusement situées, sont mises en culture, qu’une rente est jamais payée pour leur utilisation. Lorsque, dans le progrès de la société, des terres du second degré de fertilité sont mises en culture, la rente commence immédiatement sur celle de la première qualité, et le montant de la rente dépendra de la différence de qualité de ces deux portions de terre.

Lorsque des terres de la troisième qualité sont mises en culture, la rente commence immédiatement sur la deuxième, et elle est régulée comme auparavant par la différence de leurs puissances productives. Dans le même temps, la rente de la première qualité augmentera…

Indépendamment de ces améliorations, dans lesquelles la communauté a un intérêt immédiat et les propriétaires fonciers un intérêt lointain, l’intérêt du propriétaire foncier est toujours opposé à celui du consommateur et du fabricant….Les transactions entre le propriétaire foncier et le public ne sont pas comme les transactions commerciales, dans lesquelles on peut dire que le vendeur et l’acheteur sont tous deux gagnants, mais la perte est entièrement d’un côté, et le gain entièrement de l’autre…

David Ricardo, Principes d’Economie Politique et de l’Impôt (On the Principles of Political Economy and Taxation)

CONCLUSION

L’économie politique est l’étude des lois naturelles qui régissent la production et la distribution des richesses. Dans leur analyse systématique du processus et leur insistance sur l’ordre naturel, les physiocrates méritent la distinction d’être les fondateurs de l’économie politique. L’Impôt Unique reste à mettre en œuvre, tout comme leur héritage de libre-échange et de marchés libres.

La rente : le revenu imposable de la nation

Adaptation d’un article en anglais de Fred Harrison.

Toutes les Taxes sont Déduites de la Rente

« All Taxes Come Out of Rent (ATCOR) »

JOHN LOCKE l’a dit en premier. En 1691, il a écrit une lettre à un membre du Parlement dans laquelle il avertissait qu’il était inutile de taxer les salaires des travailleurs. De telles taxes réduiraient le salaire net en dessous de ce dont les gens ont besoin pour vivre. Ainsi, les contribuables défendraient leur niveau de vie en réduisant le loyer qu’ils paient pour l’utilisation des terres. En d’autres termes, toutes les taxes sont déduites de la rente.

La rente est le revenu net de la communauté – la valeur résiduelle après couverture du coût de la vie. C’est ce que les gens peuvent se permettre de mettre en commun dans le budget public, après s’être servis du fruit de leur travail.

La théorie de Locke était logique pour une société où les gens étaient libres. Cette liberté était définie par le droit de déterminer le montant des revenus nets du coût de la vie. Mais à l’époque où Locke contribuait à l’élaboration de la politique publique, l’aristocratie avait déjà commencé à asservir les Anglais à une nouvelle forme de féodalité post-médiévale. Ils le faisaient en clôturant (privatisation) des terres communes. Cela a privé la paysannerie de son droit à une vie autonome.

La version de Locke de la liberté a été exprimée dans sa trilogie « Vie, Liberté et Terre » (Life, Liberty and Estate) – la doctrine du contrat social. Mais 200 ans plus tôt, l’aristocratie avait sérieusement commencé à déloger les gens du commun pour faire place aux moutons, tandis qu’Henri VIII légitimait le vol des terres en s’emparant des domaines des monastères et des abbayes. Au cours des siècles suivants, une proportion croissante de la population a perdu la liberté de déterminer son destin, le Parlement ayant sanctionné la clôture des terres communes.

Adam Smith est intervenu en 1776 avec ses propositions de révision de la gouvernance. L’État, expliquait-il, devrait être financé de manière à causer un minimum de dégâts. Pour ce faire, les services publics devraient être financés par un loyer foncier (au sens propre, plus précisément une taxe foncière sur la valeur locative du sous-jacent), le revenu imposable de la nation. Si les gouvernements avaient adopté le modèle de Smith, les impôts auraient été supprimés des revenus du travail, des salaires et des revenus que les gens pouvaient gagner en investissant leurs économies dans des entreprises productives. Les impôts sur le travail, a souligné M. Smith, ont infligé des dommages à la richesse de la nation et à la santé des gens.

Les impôts étaient mauvais et inutiles : les gens transféraient le fardeau qui pesait sur leurs salaires vers le revenu net qu’ils pouvaient se permettre de verser sous forme de loyer foncier. Pour renforcer son argument en faveur d’une transformation systémique du système financier, Smith a fourni de nombreux exemples de la façon dont les recettes de l’État provenaient, en effet, des rentes de la nation (c.f. les références à son œuvre citées dans l’article en version original plus haut).

La vertu du paiement direct du loyer foncier au trésor public a été l’impact bénin sur l’industrie. Par ce moyen, « aucun découragement ne sera donc donné à aucune sorte d’industrie. Le produit annuel de la terre et du travail de la société, la richesse et les revenus réels de la grande masse du peuple, pourraient être les mêmes après un tel impôt qu’auparavant ». C’est pourquoi le loyer foncier, et la rente ordinaire des terres, étaient ce qu’il appelait « l’espèce de revenu qui peut le mieux supporter qu’on lui impose une taxe particulière ». Cela contrastait avec une taxe sur un fabricant : la charge serait répercutée sous la forme de prix plus élevés payés par les consommateurs. Ceux-ci, à leur tour, se retrouveraient avec moins de pouvoir d’achat, ce qui signifierait qu’ils devraient réduire ce qu’ils payaient comme loyer à leurs propriétaires. Une taxe prélevée sur le producteur se traduirait en fin de compte par « une réduction de la rente, le paiement final de la taxe incombant au propriétaire terrien ».

Une autre vertu du loyer foncier comme revenu de la nation était sa transparence, car « la quantité et la valeur des terres que tout homme possède ne peuvent jamais être un secret, et peuvent toujours être déterminées avec une grande exactitude ». Cela contrastait avec la taxation du producteur de biens, qui causait « une vexation sans fin que personne ne pouvait supporter ». Smith a fait remarquer que « la terre est un sujet qui ne peut pas être enlevé, alors que les actifs peuvent facilement l’être ». En tirant directement ses revenus de la rente, l’audit de la capacité d’imposition d’une nation ne présente aucune difficulté. Il neutralise la tentation d’esquiver l’impôt en transférant des actifs vers des paradis fiscaux, l’expatriation des terres étant physiquement impossible.

1. Loyer foncier et habitations

Pour Adam Smith, « le loyer pour le sous-jacent est un sujet d’imposition encore plus approprié que le loyer pour des logements », car cette charge n’augmenterait pas les loyers que les gens paient pour occuper un logement. Une taxe sur la valeur du sous-jacent incomberait au propriétaire du terrain, qui (en tant que monopoliste) exigeait déjà « le loyer le plus élevé possible pour l’utilisation de son terrain ». Mais si la taxe était prélevée sur le logement, « moins le locataire serait enclin à payer pour le terrain ; de sorte que le paiement final de la taxe incomberait entièrement au propriétaire du loyer foncier ». Smith estime que la perception d’un loyer pour le sous-jacent est raisonnable, car il s’agit d’un revenu que le propriétaire reçoit « sans aucun soin ou attention de sa part ».

2. Prix des maisons et taxe sur les fenêtres

En observant comment, en 1775, des taxes étaient prélevées sur les fenêtres des maisons, Smith a souligné que « la tendance naturelle de la taxe sur les fenêtres, et de toutes les autres taxes sur les maisons, est de faire baisser les loyers. Plus un homme paie la taxe, moins il est évident qu’il peut se permettre de payer le loyer ». L’augmentation du loyer des logements a plus que compensé les taxes sur les fenêtres. Cela était dû à la demande croissante de logements ; cela ne falsifiait pas la théorie. Et, comme l’a conclu Smith, « sans la taxe, les loyers auraient probablement augmenté encore plus ».

3. Impôts sur les bénéfices de l’agriculture

Un fermier locataire ne réduirait pas sa production en réponse à un impôt prélevé directement sur ses bénéfices. Pourquoi ? Parce qu’il serait toujours redevable d’un loyer au propriétaire. Il continuerait donc à produire au même niveau d’activité. Mais, fait remarquer M. Smith, pour protéger son profit, l’agriculteur finirait par « payer moins de loyer au propriétaire ». Plus il est obligé de payer d’impôts, moins il peut se permettre de payer de loyer ».

4. La capitation sur les esclaves

Smith a suivi l’impact de la capitation qui était prélevée sur les esclaves dans les plantations des colonies anglaises des Carolines d’Amérique et des îles des Antilles. Ces taxes, a expliqué Smith, réduisaient les profits des entreprises agricoles. Ainsi, « comme les planteurs, la plupart d’entre eux, qu’ils soient agriculteurs ou propriétaires, sont les derniers à payer la taxe en leur qualité de propriétaires sans aucune rétribution ».

5. Taxes sur la vente de biens immobiliers

Lorsque des taxes sont prélevées sur le transfert de bien immobilier, l’acheteur est dans la meilleure position pour négocier. « Il tient compte de ce que le terrain lui coûtera en termes d’impôts et de prix », observe M. Smith. « Plus il est obligé de payer d’impôts, moins il sera disposé à donner de prix ». L’impôt sur les terres est donc répercuté sous la forme d’un prix inférieur payé au vendeur.

6. Une taxe sur les salaires du travail

Le chaos provoqué par une taxe sur les salaires a été examiné avec soin par Smith. Il a conclu que, quelle que soit la manière dont la charge était tordue (réduction des profits, augmentation du prix des biens de consommation ou gonflement des salaires versés aux travailleurs), il n’y avait pas moyen d’échapper au résultat final. « Dans tous les cas, un impôt direct sur les salaires du travail doit, à long terme, entraîner à la fois une plus grande réduction de la rente foncière et une plus grande augmentation du prix des produits manufacturés que ce qui aurait été le cas si l’on avait évalué correctement une somme égale au produit de l’impôt, en partie sur la rente foncière et en partie sur les biens de consommation. Il a qualifié ces taxes d' »absurdes et destructrices », et il a insisté sur leurs effets perturbateurs.

Le déclin de l’industrie, la diminution de l’emploi pour les pauvres, la diminution de la production annuelle de la terre et du travail du pays, ont généralement été les effets de ces taxes. En conséquence, le prix du travail doit toujours être plus élevé qu’il ne l’aurait été dans l’état actuel de la demande : et cette augmentation du prix, ainsi que le profit de ceux qui l’avancent, doivent toujours être finalement payés par les propriétaires et les consommateurs.

Les consommateurs auxquels Smith faisait référence étaient des gens riches, pour la plupart des propriétaires terriens. On sent le chagrin dans les paroles de Smith lorsqu’il raconte comment, alors que les pertes sèches des mauvaises taxes provenaient en fin de compte de la rente, cette voie détournée victimait les pauvres en les mettant au chômage.

7. Taxes sur les « produits de première nécessité »

Au XVIIIe siècle, les principaux impôts sur les « produits de première nécessité » concernaient le sel, le cuir, le savon et les bougies. Ces taxes entraînaient une augmentation des salaires, mais les charges allaient finalement « retomber sur la rente du propriétaire ». Une fois de plus, Smith exprime les conséquences amères de cette façon indirecte d’augmenter les recettes pour le gouvernement. L’une des manifestations a été la « frugalité forcée » imposée à la population active. Une autre conséquence a été la réduction de la fécondité, et certaines personnes ont eu recours à un comportement immoral. L’immoralité touchait les enfants dont les parents étaient appauvris. Si les enfants survivaient aux épreuves auxquelles la mauvaise conduite de leurs parents les exposait, cette conduite corrompait couramment leur morale, « de sorte qu’au lieu d’être utiles à la société par leur industrie, ils deviennent des nuisances publiques par leurs vices et leurs troubles ». C’est le prix humain payé pour une mauvaise politique fiscale.

Les impôts sur les biens de première nécessité, dans la mesure où ils touchent les travailleurs pauvres, sont finalement payés, en partie par les propriétaires dans le cadre de la diminution de la rente de leurs terres, et en partie par les consommateurs riches, qu’ils soient propriétaires ou autres dans le cadre du prix avancé des produits manufacturés ; et toujours avec une surcharge considérable.

Les propriétaires paient le prix le plus lourd, parce qu’ils « paient toujours à double titre ; à celui des propriétaires, par la réduction de leur rente ; et à celui des consommateurs riches, par l’augmentation de leur dépense ».

8. La taxe sur le vin

Smith est arrivé à la même conclusion lorsqu’il a analysé les aspects économiques d’une taxe sur la production de vin. « Le poids total de l’impôt, par conséquent, retomberait sur la rente et le profit ; proprement dit sur la rente du vignoble. » Les producteurs de produits de base comme le sucre étaient conscients de cet effet, ils ont donc affirmé qu’une taxe sur la production ne retomberait pas sur les consommateurs, mais réduirait la rente qu’ils recevaient en tant que propriétaires de plantations. Smith a souligné que cet argument démontrait que, au contraire, si la taxe était prélevée sur la rente des terres de plantation, alors il s’agissait d’une charge appropriée !

9. L’impact des dîmes

Traditionnellement, les communautés soutenaient leur église et leur clergé en allouant une partie de leur production sous forme de dîme. Cette redevance « diminue davantage ce qui serait autrement le loyer du propriétaire ». Smith a passé en revue les vertus relatives d’un impôt foncier par rapport à la dîme dans les colonies et par rapport à la charge prélevée sur les loyers en Grande-Bretagne. Mais il ne voit aucune raison de modifier sa conclusion : d’une manière ou d’une autre, la charge provient de la rente. Comme l’a fait remarquer Smith, « il n’y a pas un agriculteur qui ne calcule pas à l’avance ce que la dîme de l’église, qui est une taxe foncière en nature, est, d’une année sur l’autre, susceptible de représenter ». Cela permet à l’agriculteur d’effectuer « un abattement proportionnel du loyer qu’il accepte de payer au propriétaire ».

Silence des économistes post-classiques

Les macro-économistes du XXe siècle ont omis de tenir compte dans leurs modèles mathématiques de ce processus de transfert de la charge fiscale sur la rente. Il ne peut y avoir qu’une seule raison à cette omission : ces spécialistes seraient alors obligés de discuter de la logique de leurs méthodes détournées de collecte des recettes publiques. Ils devraient aborder les arguments d’Adam Smith selon lesquels ces méthodes tortueuses sous-financent non seulement l’infrastructure matérielle de la nation, mais elles corrompent également la fibre morale de la population.

Les premiers accapareurs de terres ont accepté cette situation comme le prix à payer pour consolider leurs privilèges, qui découlaient de la privatisation de la rente appartenant naturellement à la nation. En outre, les souffrances causées par la sous-production de l’économie et l’émoussement des sensibilités humaines ont été endurées par d’autres, pas par eux. Mais le résultat final a été l’échec de la gouvernance. Comme l’a fait remarquer Smith, si les propriétaires cessaient de jouer leur rôle en versant directement la rente au Trésor public, « il est tout à fait impossible que le locataire continue à faire le sien ». Le résultat a été la détresse, une baisse de la production et l’endettement des gouvernements.

Une Taxe sur la Valeur des Terres Favorise des Collectivités plus Fortes

Cet article est une adaptation française d’un article publié le 10 janvier 2020 par Matthew Downhour, enseignant et actuellement tuteur en économie, histoire, mathématiques et anglais.

Après des décennies d’obscurité relative pendant la guerre froide, le Georgisme – l’idée, nommée d’après l’économiste Henry George du XIXe siècle, que les impôts devraient être prélevés sur la terre, un bien collectif, et non sur les produits individuels du travail ou du capital – a connu une certaine résurgence. Des publications telles que The Economist et Bloomberg ont publié des opinions déclarant la supériorité économique d’un impôt sur la valeur des terres, et l’économiste Joseph Stiglitz, lauréat du prix Nobel, a longtemps plaidé en faveur d’un impôt sur la valeur des terres comme source de revenus essentielle pour les économies en développement. Toutefois, ce qui fait peut-être le plus grand attrait des taxes sur la valeur des terres, c’est ce qu’elles offrent aux villes et aux municipalités au-delà de l’efficacité économique – un modèle de développement et une philosophie fiscale qui peuvent favoriser des collectivités plus dynamiques.

[Il convient de définir tout d’abord cette taxe sur la valeur des terres (en anglais une « Location Value Tax »). Il s’agit de l’impôt unique, une taxe sur la valeur locative d’un terrain/d’une parcelle indépendamment de l’utilisation qui en est faite. Il ne s’agit pas de la taxe foncière telle que nous la connaissions en France.]

Comment mettre en œuvre une taxe sur la valeur des terres ?

Il existe plusieurs façons de mettre en place une taxe sur la valeur des terres. Le concept que les propriétaires terriens en sont redevables est très ancien, mais l’idée générale proposée par George et soutenue par la plupart des partisans actuels de cette taxe est d’utiliser la taxe comme substitut à d’autres taxes. En fonction de la répartition exacte entre la valeur de la propriété et du terrain, la première étape serait de remplacer la taxe foncière par une taxe uniquement sur la valeur du terrain

Le pire impact que pourrait avoir une taxe sur la valeur des terres plus élevée que dans les collectivités voisines est de faire baisser les prix des terres dans la collectivité concernée ; non seulement en s’auto-corrigeant pour le problème, mais en rendant l’achat de terres plus accessible aux jeunes.

L’impact sur le prix des terrains pourrait être assez salutaire. Si les prix baissent pour refléter les taxes, le coût global de la possession d’un terrain pendant dix ans sera probablement à peu près le même (après tout, les coûts de propriété plus élevés sont le mécanisme qui fait baisser les prix). Toutefois, alors que le coût de propriété d’un terrain est actuellement, pour la plupart des gens, principalement constitué d’intérêts versés aux banques, un prix de vente initial plus bas suivi d’une hausse des taxes remplacerait une partie de cet acompte, souvent emprunté aux banques, par un paiement d’impôt récurrent qui serait plus facile à payer sur le revenu courant. Cela permettrait à plus d’argent de rester dans l’économie locale plutôt que de se concentrer dans les grands centres bancaires et d’investissement. En outre, cela réduit généralement le pouvoir des systèmes bancaires et rend la saisie et les autres inconvénients de ceux-ci moins pressants. Tout cela donne aux électeurs et aux parties prenantes locales un meilleur contrôle sur le type d’endroit où ils veulent vivre et la possibilité de lever les revenus dont ils ont besoin sans se soucier de la façon de concurrencer leurs voisins.

[Lire « Les transferts monétaires inconditionnels peuvent fixer l’aide étrangère »]

Une taxe sur la valeur des terres encourage une belle architecture à usages multiples

Le simple fait de « ne pas entraver le développement économique » est un faible éloge, même pour un système fiscal. Heureusement, les taxes sur la valeur des terres vont plus loin, en créant des incitatifs pour le type de développement qui crée des collectivités stables et vivables. L’imposition égale de tous les biens immobiliers récompense la construction la moins coûteuse possible. Les magasins à grande surface utilisent des hectares de terrain mais construisent des magasins qui coûtent relativement peu et perdent rapidement de la valeur. La faible valeur de revente de ces bâtiments est même un avantage pour leurs propriétaires qui permettent aux magasins à grande surface de réduire leurs impôts fonciers en prétendant que leurs bâtiments ne valent qu’une fraction des coûts de construction, compte tenu des prix très bas payés pour des magasins similaires. Dans le système actuel, ils ne sont pas nécessairement mauvais – il y a très peu de bonnes utilisations pour une énorme boîte de vente au détail qui n’a essentiellement aucune valeur esthétique ou architecturale, et très peu d’acheteurs potentiels également. Mais récompenser les sociétés qui créent des coquilles d’immeubles massives et inutiles en les taxant à un taux bien inférieur à celui d’une structure durable et de haute qualité est pervers à l’extrême. Les coûts de construction initiaux sont un obstacle suffisant à une construction de haute qualité, mais une taxe annuelle plus élevée est un obstacle supplémentaire inutile.

Une communauté saine – tant sur le plan économique qu’esthétique – devrait être fière d’inclure des bâtiments à valeur durable, dont l’histoire comprend plusieurs propriétaires et utilisations. La structure actuelle de l’impôt foncier pénalise une telle construction. En revanche, le transfert de ce fardeau à la valeur des terres créerait une incitation à utiliser chaque mètre carré aussi efficacement que possible. Les grands parcs de stationnement seraient découragés, tout comme les magasins de détail tentaculaires à étage unique ressemblant à des entrepôts. Les petites entreprises (en termes de superficie) qui utilisent l’espace plus efficacement (mais nécessitent un investissement en capital plus élevé par mètre carré) seraient récompensées par une charge fiscale plus faible. Des immeubles commerciaux de deux à trois étages, des parkings à plusieurs étages et d’autres investissements qui augmentent la valeur par actions redeviendraient des moyens efficaces de réduire l’obligation fiscale. Au-delà des préférences esthétiques pour une construction de qualité par rapport aux grandes surfaces et aux parkings de plusieurs hectares, cela présente des avantages sociaux tangibles. Sur le plan environnemental, les bâtiments durables signifient moins de construction dans une période de temps donnée, utilisant ainsi moins de ressources et libérant moins de gaz à effet de serre. De plus, les bâtiments avec plus d’étages mais avec une empreinte plus petite sont plus économes en énergie à exploiter que les grands bâtiments d’un étage. Il y a aussi des avantages socio-économiques: une utilisation plus efficace des terres crée une densité plus élevée et une plus grande densité permet une plus grande mobilité sociale car les emplois et les résidences sont physiquement plus proches les uns des autres et la ségrégation géographique a moins d’impact.

[Lire « Le traitement des émissions de carbone comme la collecte des déchets pourrait inverser le changement climatique »]

Un impôt sur la valeur des terres renforce les liens sociaux

Les avantages pratiques pour les collectivités de déplacer leurs charges fiscales des ventes et des biens fonciers vers les terrains sont importants et rendent l’idée digne d’être prise en considération. Mais cela ne doit pas être une vente sèche et technocratique – l’argument philosophique est tout aussi fort. Le Georgisme n’est pas plus absolument individualiste ou communaliste que l’économie mixte actuelle, mais il établit la ligne de démarcation entre la communauté et les individus de manière plus appropriée. Comme le terrain est imposé au lieu du bâti, des ventes ou des revenus, le message envoyé sur les deux est modifié. Les taxes sur la valeur des terres affirment la vérité que la terre est quelque chose d’incréé, dont l’usage exclusif est un privilège apporté par l’appartenance à la communauté. Cette façon de penser la terre rapproche les utilisateurs de celle-ci de leur communauté.

D’un autre côté, la suppression ou la diminution des taxes sur les ventes, le bâti et le revenu indique aux membres de la communauté que leur industrie et leurs efforts sont valorisés et que, autant que possible, le gouvernement leur permettra de récolter les fruits de leur propre travail et investissement. Bien qu’il soit difficile d’imaginer quiconque apprécie de payer ses impôts et que tout changement systémique se heurte à une résistance, un changement dans l’objet de la fiscalité amènerait au moins les contribuables à réfléchir à la raison pour laquelle ils les paient – pas simplement parce qu’ils se sont produits pour travailler ou vendre dans un ensemble de lignes donné, mais parce qu’ils ont fait usage exclusif d’un terrain particulier pour cette année. Cette base d’imposition plus intuitive et moins intrusive peut, espérons-le, conduire à un changement à long terme dans la relation perçue entre les contribuables et leurs collectivités locaux. Des impôts moins arbitraires avec une justification plus ferme dans la relation entre l’individu et la communauté devraient réduire le ressentiment ressenti par les individus qui perçoivent qu’ils reçoivent moins d’avantages fiscaux que les autres (car les impôts seraient liés à un avantage très spécifique, l’utilisation exclusive de la terre). Et, comme la plus grande partie de la valeur des terres, contrairement à celle de la main-d’œuvre ou des investissements, provient de la qualité des services collectifs offerts dans un endroit et du dynamisme général de l’économie, les avantages des taxes reviendraient manifestement à ceux qui les ont payés – encore une fois, aidant à réduire la tension entre les contribuables et le gouvernement.

Dans la plupart des cas, la législation visant à rendre possible l’impôt sur la valeur des terres aux États-Unis doit être adoptée au niveau de l’État (en France, la Région ou le Département). Actuellement, la Pennsylvanie est l’un des rares États qui autorisent les villes à fixer des « taux fractionnés », imposant les terres à un taux plus élevé que les autres biens immobiliers, et a connu quelques succès locaux notables . Cette approche – permettant aux villes et aux collectivités locales de contrôler leurs assiettes fiscales – est la meilleure. S’il est probable que chaque comté/département bénéficierait d’une approche de la taxe sur la valeur des terres, il est important que le contrôle local et l’adhésion locale soient prioritaires. Le plus grand avantage de ce modèle, après tout, est la façon dont il renforce les communautés sans sacrifier l’individualité de leurs citoyens.

[Lire « Le populisme l’emporte sur la politique: la politique virulente de Bernie Sanders »]

Répondre aux critiques concernant une taxe sur la valeur des terres

Il y a, bien sûr, des arguments fréquemment opposés à une taxe sur la valeur des terres. Le plus souvent répété (mais avec toute analyse, le plus spécieux) est qu’une terre, une fois achetée, devrait appartenir à perpétuité au détenteur, et tout impôt perçu sur elle annule effectivement la propriété de cette personne. On ne sait cependant pas comment cet argument s’applique davantage à un impôt sur la valeur des terres qu’à une taxe foncier ordinaire, qui tombe également sur les terres. Au-delà de cela, cependant, il est nécessaire de se demander sur quelle base les terres appartiennent en premier lieu.

Dans la tradition libérale que nous avons héritée du philosphe John Locke et d’autres, la propriété a toujours été justifiée sur la base du travail – une personne possède son propre corps, donc son travail ; par extension, elle possède les produits de son travail. Le fait qu’elle puisse vendre ces produits et en acheter d’autres est un prolongement naturel de cette logique. Mais comme Thomas Paine l’a écrit dans sa brochure de 1797, Agarian Justice ,

« L’homme n’a pas fait la terre, et, bien qu’il ait eu un droit naturel de l’occuper, il n’a pas eu le droit d’en attribuer à perpétuité une partie comme sa propriété ; le créateur de la terre n’a pas non plus ouvert un bureau foncier, d’où les premiers titres de propriété devraient être émis. »

Bien que la possession de terres en tant que propriété exclusive soit logique pour une société sédentaire d’investir dans les bâtiments et l’agriculture, elle est à un certain niveau plus artificielle que cette propriété créée par le travail humain. Même en partant de l’hypothèse que tout impôt foncier est injuste, un impôt sur la valeur des terres semble plus justifiable que tout autre, car seul cet impôt maintient intact le droit aux fruits de son propre travail.

Des arguments plus pratiques ont également été invoqués, qui exigent des réponses politiques. Le premier est la question des personnes à faible revenu qui se retrouvent en possession de biens de grande valeur – en particulier les personnes âgées ou les familles qui ont subi la perte d’un important soutien de famille. Il est tentant de rejeter cet argument parce qu’il ne concerne qu’une seule catégorie de personnes en difficulté – après tout, pourquoi la même préoccupation ne s’applique-t-elle pas à la catégorie beaucoup plus importante des locataires qui se trouvent dans la même situation ? Néanmoins, il vaut la peine de s’y attarder. Bien qu’à un certain niveau, la mobilité géographique soit nécessaire pour maintenir l’efficacité et le dynamisme d’une économie urbaine – ce qui signifie que les gens doivent quitter et entrer dans des quartiers désirables – il y a aussi un avantage humain et communautaire à permettre aux gens de rester chez eux chaque fois que cela est possible. Heureusement, une solution a déjà été mise en place pour d’autres impôts: le report d’impôt. De nombreuses localités permettent aux personnes âgées, et certaines autorisent les familles , de reporter leurs impôts fonciers à une date ultérieure, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’ils vendent la maison ou qu’elle soit héritée par leur plus proche parent. Le problème avec de tels régimes, s’il y en a un, vient généralement des sociétés de prêts hypothécaires qui ne les respectent pas . Cela peut être rectifié par voie législative: si l’ajournement concerne uniquement des terres et non des biens, il est plus probable que les sociétés de prêts hypothécaires honorent, car la valeur des terres est moins susceptible de se détériorer avec le temps que celle de la propriété.

Une deuxième objection est qu’un système fiscal foncier désavantagerait les utilisations agricoles et récréatives des terres, conduisant à une sur-construction et à une perte des externalités positives associées aux espaces ouverts, même ceux qui sont privés. C’est plus plausible – après tout, l’idée de la taxe foncière consiste à utiliser les terres d’une manière plus efficace sur le plan économique, ce qui pourrait certainement entraîner la perte de terres dont on profite «de manière non rentable». un problème pour les terres agricoles pour la simple raison que les terres agricoles sont généralement évaluées à très bas prix si elles ne sont pas constructible ou n’ont pas d’infrastructure pour le développement commercial ou résidentiel. D’autre part, l’équipement et les bâtiments agricoles sont assez coûteux, alors il n’est pas du tout évident qu’une ferme en activité paierait en fait plus cher dans un régime d’impôt sur la valeur des terres que dans un régime d’impôt foncier.

Même s’ils l’ont fait, il existe de nombreux outils pour préserver les espaces ouverts qui sont considérés comme précieux pour la communauté. Des exonérations fiscales sont déjà systématiquement accordées sur les taxes fonciers; il n’y a rien qui les rendrait plus difficiles à utiliser pour la terre. En effet, la justification d’une exonération fiscale pour les espaces ouverts est beaucoup plus forte dans un système de valeur terrienne. La raison de la taxation de la valeur des terres est que ces terres privées sont une ressource retenue à la communauté pour un usage privé. Les terres qui continuent de servir la communauté – en fournissant un habitat à la faune, à la chasse, à la pêche ou à la randonnée, ou même simplement des vues panoramiques – devraient raisonnablement être imposées à un taux inférieur à celui des terres qui sont principalement utilisées au profit de leur propriétaire. Une taxe sur la valeur des terres ne ferait qu’inciter les propriétaires terriens à officialiser le statut de leurs terres, en utilisant des servitudes de conservation ou d’autres outils, afin de garantir des impôts plus bas sur celles-ci. Désigner ces terres intentionnellement comme telle sera, à long terme, plus efficace et probablement plus équitable que le simple espoir que des espaces ouverts se préservent par hasard.

Le principal obstacle à l’acceptation de l’impôt sur la valeur des terres comme substitut à des taxes foncières, de revenu ou de vente plus conventionnelles est la peur et la résistance au changement. Heureusement, la mise en œuvre d’un tel système ne nécessite pas une refonte immédiate et grandiose.

Au lieu de cela, une fois que les codes de l’État le permettent, le rapport des impôts sur la valeur des terres aux taxes foncières au niveau de la collectivité locale ou de la commune peut être ajusté progressivement pour éviter trop de perturbations économiques et permettre aux avantages de la taxe de devenir visibles au fil du temps. Faire cet ajustement d’une manière neutre sur le plan des revenus aidera également à surmonter la résistance initiale à une « nouvelle » taxe en indiquant clairement que ce qui se produit est une substitution, et non un ajout, à la structure fiscale existante. Une fois que la taxe sera devenue réalité, les avantages considérables pour les collectivités deviendront clairs. Les marchés deviendront plus dynamiques, les communautés plus vivables et la relation globale entre les communautés et leurs gouvernements sera plus saine.

Matthew Downhour

À travers des lettres : Henry George et Karl Marx

Cet article est une adaptation française d’un article écrit et publié le 6 février 2019 par Darren Iversen, spécialiste de la productivité en Angleterre.

« Le Georgisme dissout le socialisme ; c’est à la fois travailleur et capitaliste. Ceci est impossible pour le socialiste qui croit profondément que le travail ne peut gagner que si le capital perd. » – Le Magazine Puck, 20 octobre 1886.

« À la mort de Karl Marx en 1883, il devait y avoir des dizaines d’Anglais qui s’étaient disputés à propos d’Henry George pour tous ceux qui avaient même entendu parler du socialiste prussien. » – Roy Douglas, Terre, peuple et politiquela question de la terre au Royaume-Uni de 1878 à 1952, 1976

« Quand j’ai été entraîné dans le grand renouveau socialiste de 1883, j’ai découvert que Henry George avait converti les cinq sixièmes de ceux qui avaient été entraînés avec moi. » – George Bernard Shaw, Hommage à l’œuvre de Henry George, 1904

« Peu comme Henry George l’avait voulu, il ne fait aucun doute que c’est l’énorme circulation de son Progrès et pauvreté qui a donné la touche qui a provoqué la cristallisation de toute influence en un mouvement socialiste populaire. » – Sidney Webb, Le socialisme en Angleterre, 1889

« Le livre de George a en effet eu un effet plus dramatique sur la pensée politique britannique que tout ouvrage publié au cours du siècle dernier. Il a dominé les esprits de l’aile radicale du parti libéral, tout comme il a galvanisé ceux qui avaient tâtonné vers un Commonwealth socialiste. Il a même réussi l’exploit incontestable de faire de Karl Marx un auteur populaire, car des chapitres de Das Kapital ont été publiés et lus comme des suites de Progrès et pauvreté. » – H. Russell Tiltman, J. Ramsay Macdonald [le premier travailliste à être élu Premier ministre du Royaume-Uni], 1929

Introduction

Henry George (1839-1897) est aujourd’hui le plus connu pour avoir été oublié. En tant que journaliste à San Francisco, il a assisté à la fin de la frontière américaine et s’est longtemps demandé pourquoi le chômage et la pauvreté, comme si une loi inconnue, existait partout. Il avait connu les deux et a écrit à propos de l’époque où il avait failli tenter un vol qualifié pour nourrir sa jeune famille. Il est ensuite devenu le leader d’un mouvement et a fait des tournées et parlé à travers les continents.

Son ouvrage emblématique, Progrès et pauvreté : une enquête sur la cause des dépressions industrielles et de l’augmentation du besoin avec l’augmentation de la richesse : le remède (1879) a commencé à être vendu en très grand nombre en 1881. Karl Marx en a reçu plusieurs exemplaires. Marx a écrit à Friedrich Adolph Sorge [un communiste allemand ayant participé à la création du Socialist Labor Party of America], le 20 juin 1881 :

Aujourd’hui, je dois me limiter à une très brève formulation de mon opinion sur le livre. Théoriquement, l’homme est totalement en arrière ! … Son dogme fondamental est que tout irait bien si le loyer foncier était versé à l’État. (Vous trouverez également ce paiement parmi les mesures transitoires incluses dans le Manifeste du Parti communiste.)

En lisant Progrès et pauvreté, Marx a été accusé d’avoir confondu un symptôme avec la maladie. Tandis que Marx affirmait que le capital exploitait le travail, George affirmait que le monopole, et plus particulièrement le monopole de la terre, exploitait à la fois le travail et le capital.

« Le tollé contre le capital de la part des militants syndicaux tend à dissimuler un ennemi plus âgé et plus redoutable : un système qui est en réalité le parent du capitalisme, de ses œuvres et de ses pompes. Le capitaliste est l’agence objective par laquelle le travailleur est obligé de céder pour bénéficier de ce qu’un système juste de répartition de la richesse lui attribuerait, mais la cause de cette sueur et de ce travail sous-payé se trouve dans les lois qui permettent un intérêt oisif de taxer à la fois capital et travail. » – Michael Davitt, La taxe unique, 1894.

L’interprétation de George était phénoménalement populaire. Il a pénétré dans le corps politique. Il expliquait les causes de la pauvreté et du chômage de la classe ouvrière, ainsi que les guerres de terres qui en ont résulté en Irlande, en Écosse et ailleurs. Il a déclaré que le projet visant à mettre fin à l’esclavage n’était pas achevé : l’esclavage des biens meubles avait été aboli, mais l’esclavage industriel était toujours en vigueur. George a fait de nombreuses tournées de parole et laissé dans son sillage des dizaines de sociétés de réforme agraire et de clubs à imposition unique. Ses propositions ont radicalement influencé les politiques travaillistes et libérales aux niveaux local et national dans de nombreux pays, notamment aux États-Unis et en Grande-Bretagne.

Il n’est pas étonnant que Marx soit irrité.

« George … a la présomption répugnante et l’arrogance qui sont affichées par tous les marchands de la panacée sans exception » a écrit Marx.

Il faut dire que Marx avait absolument raison. La thèse de l’impôt unique affirme que « tout irait bien si le loyer du fonds de terre était payé à l’État ». C’est une affirmation étonnante, facile en surface, une panacée : la pauvreté, les inégalités et le chômage sont tous causés par un système d’imposition fatalement incompatible avec le capitalisme et réparable en ne modernisant que ce système d’imposition.

La fiscalité Georgiste critiquée en tant que « panacée » ? Le mot trahit un état d’esprit curieusement déformé : qui maudirait une solution pour la simple raison qu’il s’agit d’une solution ? – Mason Gaffney, La réponse aux « Futilitarians », 1998

La réforme Georgiste de la fiscalité remplacerait toutes les taxes existantes par une taxe sur la valeur locative du fonds de terre (en anglais « LVT » pour « Location Value Tax »). Elle viserait le loyer de la terre, c’est-à-dire la partie de la valeur de la terre qui ne provient pas du travail du propriétaire. Il se divise en deux catégories : les ressources naturelles (telles que la valeur du pétrole brut) et la valeur de l’emplacement. Les personnes paient bien sûr pour vivre dans des endroits recherchés : une parcelle située à Paris a une valeur marchande différente, bien supérieure, à une par exemple située dans une petite ville de province.

Pour Marx, en revanche, la terre n’avait pas de place théorique particulière ; c’était une forme de capital, un moyen de production. Pour George, suivant l’économie classique, la terre était distincte du travail et du capital et avait une importance égale. La terre n’est pas un capital car elle ne peut pas être fabriquée ; il n’a pas de coût de production. La terre est en quantité fixe, vulnérable au monopole. La terre est en fait une condition préalable au travail et au capital. Nous devons tous « monopoliser » un certain territoire pour exister. La demande de terres est garantie ; c’est un marché captif, et nous avons tous soumissionné pour des terres. Vous ne pouvez pas dire ces choses à propos du capital.

Le monopole de la terre est donc, selon George, une chose très importante. Le propriétaire foncier, en tant que monopole foncier, sachant que le capital et le travail doivent soumissionner pour la terre, aura toujours le pouvoir d’effacer la richesse qu’ils produisent, en laissant juste ce qu’il faut pour les garder. La richesse qu’ils génèrent a pour effet d’augmenter les valeurs foncières ; les économies prospères ont une valeur foncière élevée. Cet effet peut être vu partout aujourd’hui. Le monopole et non le capital est la cause du chômage, de la pauvreté et des inégalités, et le monopole sur les terres est de loin le monopole le plus important. Le marché foncier, si rarement discuté ou pris en considération, est le moteur de l’économie. Le cycle des récessions économiques est le cycle du marché foncier.

« Le capitalisme moderne, tel que nous l’interprétons, n’a pas réussi à se développer de manière saine et normale pour une raison très simple. A l’époque postféodale, les états ont échoué dans la collection de la valeur des terres pour en tirer un revenu. Cela a créé des populations incapables d’acheter la richesse qu’elles produisaient. Toutes les valeurs à long terme sont générées sous forme de rente, et, bien que la superstructure du capitalisme moderne cache le fait, de vastes accumulations de capital financier dépendent finalement de la valeur des terres. Ce que les marxistes appellent la plus-value est un effet de la valeur des terres acquises de manière privée. » – Frank McEachran, Henry George et Karl Marx, 1936

Comment alors, Marx répond-il à cela ? Dans la même lettre, après avoir énuméré certains des précurseurs de George, il écrit :

Tous ces supposés « socialistes » ont ceci de commun : ils abandonnent le travail salarié et donc la production capitaliste et essaient de croire que, si la rente foncière était transformée en impôt étatique, tous les maux de la production capitaliste disparaîtraient d’eux-mêmes. Il s’agit donc simplement d’une tentative, sous couvert de socialisme, de sauver la domination capitaliste et même de l’établir sur une base encore plus large que celle actuelle.

Il n’y a pas de réfutation. Pour Marx, Henry George était simplement le baroud d’honneur du capitalisme.

Il aurait dû se poser la question de manière tout à fait opposée : comment se fait-il qu’aux États-Unis, où, relativement parlant, la terre était accessible à la grande majorité de la population, et que l’économie capitaliste et l’esclavage correspondant de la classe ouvrière se sont développés plus rapidement et sans vergogne que dans aucun autre pays ?

Or l’économie américaine est modelée sur le système anglais de propriété foncière, c’est-à-dire que la valeur de la terre est privatisée et non imposée. Aux États-Unis, l’avancée de ce système a été considérablement accélérée car il n’existait pas d’institutions, pas de biens communs établis, c’est-à-dire une population insuffisamment forte pour résister aux forces d’acquisition. Dans Notre ennemi l’état de A.J. Nock il y a fascinant chapitre « Georgiste » sur la révolution américaine et le contrôle du loyer économique des nouveaux territoires.

Pour être juste, Marx était vieillissant et probablement malade à cette époque. Existe-t-il une critique marxiste ou socialiste plus substantielle du Georgisme ailleurs ? Le dramaturge et socialiste George Bernard Shaw a été entraîné dans la politique après avoir entendu le discours de George à Londres. Pourquoi a-t-il finalement rejeté le Georgisme ?

Si nous avons dépassé Progrès et pauvreté à bien des égards, il en fait autant lui-même ; et c’est peut-être aussi bien qu’il ne sût pas trop savoir quand il fit sa grande campagne ici ; car la complexité du problème l’aurait submergé s’il l’avait compris. Un Anglais grandit en pensant que la laideur de Manchester et les bas-fonds de Liverpool existent depuis le début du monde. George savait que de telles choses poussent comme des champignons et peuvent être éliminées assez facilement quand les gens comprennent ce qu’ils cherchent et ce qu’ils veulent dire. Son génie lui a permis de comprendre ce qu’il regardait mieux que la plupart des hommes, mais il était sans aucun doute aidé par ce qui s’était passé dans sa propre expérience à San Francisco, car il n’aurait jamais pu être aidé s’il était né dans le Lancashire. – G.B. Shaw, Hommage à l’œuvre de Henry George, 1904

Notons que deux ans plus tard, un gouvernement libéral, propulsé par un mouvement populaire de réforme agraire – le même en fait, depuis les années 1880 – et dirigé par David Lloyd George et Winston Churchill, a tenté d’appliquer la taxe sur la valeur foncière de George. C’était tout un combat. Shaw a sous-estimé les citoyens de Manchester et de Liverpool et illustre parfaitement ce que Roger Scruton appelle la « négativité implacable de la gauche ».

Dans un autre article sur George, Shaw tombe dans la métaphore et la minimisation :

« Bref, de tout le contenu réel de sa formule, il semblait avoir tout oublié. Ce qui ne va pas dans la société, a-t-il affirmé à juste titre, a son origine dans l’appropriation privée de la terre. Abolir l’appropriation privée de la terre, a-t-il poursuivi, et tout se passera bien à nouveau. C’est exactement le raisonnement du paysan qui croit que le remède infaillible contre l’hydrophobie tire sur le chien. Percevoir une taxe unique est aussi possible que d’arroser les rues sans les mouiller. Même une victoire dialectique pour lui ne peut être, à la lumière des faits, une réduction du sens de sa proposition. Le calcul de M. George est une pure naïveté économique ; une très petite étude de la situation lui aurait montré que nous sommes trop loin de la démocratie pour permettre d’étendre la fiscalité sans une extension correspondante de l’organisation du travail par l’État. » – GB Shaw, Le débat Hyndman-George, 1889

Ce n’est pas différent de Marx. La théorie de George est acceptée comme valable, mais elle est en quelque sorte triviale et redondante : la taxe unique fonctionnerait, mais elle sera toujours stoppée par les pouvoirs en place.

Le fait est que le Georgisme menace les fondements mêmes du socialisme. Le Georgisme dissout le socialisme ; c’est à la fois travailleur et capitaliste. Ceci est impossible pour le socialiste qui croit profondément que le travail ne peut gagner que si le capital perd.

« En fait, George s’est senti obligé d’attaquer le socialisme qu’il avait lui-même créé ; et au moment où l’antagonisme a été déclaré, et être un disciple de Henry George signifiait être un anti-socialiste, certains des socialistes qu’il avait convertis ont eu honte de leur origine et l’ont cachée ; tandis que d’autres, dont moi-même, ont dû lutter durement contre la propagande de l’impôt unique. » – George Bernard Shaw, Hommage à l’œuvre de Henry George, 1904

En 1887, le Parti travailliste unifié, avec George son chef, rompit avec ses membres socialistes. Il y avait sans doute plusieurs raisons à cela, l’une étant les convictions individualistes américaines des Georgistes, l’autre la nécessité de contrer la campagne incessante de diffamation socialiste / communiste / anarchiste. Mais pour George, les incompatibilités théoriques fondamentales avec le socialisme ne pouvaient être ignorées. Dans son journal Le standard, il exposa sa critique du socialisme « marxien ou allemand » :

Cette indisposition ou cette incapacité à analyser, à retrouver la racine des choses et à distinguer le primaire du secondaire, de l’essentiel de l’accidentel, constitue le vice de toute la théorie socialiste. Le socialiste constate que, dans les conditions actuelles des sociétés civilisées, le travailleur ne reçoit pas la juste récompense de son travail et que la concurrence entre travailleurs est de nature à contraindre les salaires au minimum, malgré l’augmentation du pouvoir productif d’un simple gagne-pain. Mais, au lieu d’aller plus loin et d’en demander la raison, il suppose que cela est inhérent au « système salarial » et constitue le résultat naturel de la libre concurrence. En tant que seul remède à ces maux, il mettrait fin au « système salarial » et abolirait la concurrence en faisant en sorte que la propriété de tous les capitaux (y compris la terre) soit assumée par l’État.

Le caractère irréalisable et la naïveté essentielle d’un tel projet sont en grande partie dissimulés aux adeptes du socialisme par un étrange prétexte de recherche scientifique et de généralisation, ainsi que par de nombreuses références à la théorie de l’évolution.

Ignorant la distinction essentielle entre la terre et le capital, ne considérant la terre qu’un des moyens de production, n’ayant pas plus d’importance que les machines à vapeur ou les métiers à tisser, et se tournant vers la direction et l’emploi de la main-d’œuvre par l’État comme seul moyen de garantir une répartition équitable des richesses, les socialistes n’apprécient pas les conséquences vastes et profondes qui découleraient de la simple réforme [de l’impôt unique] qui placerait tous les hommes dans l’égalité des chances naturelles et qui, en s’appropriant ses revenus naturels le soutien de l’État permettrait de libérer la production de tous les impôts et restrictions qui l’entravent maintenant.

Frederick Engels, le coadjuteur de Marx pour la fondation de cette école allemande de socialisme, a récemment écrit un tract sur le mouvement ouvrier en Amérique en guise de préface à une nouvelle édition de son ouvrage intitulé « Condition des classes ouvrières en Angleterre en 1884 » :

« Ce que demandent les socialistes implique une révolution totale de tout le système de production sociale ; ce que Henry George exige, laisse le mode de production sociale actuel intact. »

En réalité, la différence est encore plus grande que ce que M. Engels représente. Nous ne proposons aucun changement violent et radical qui serait impliqué dans la reprise officielle de la terre par la société dans son ensemble et dans le fait de la laisser aux individus. Nous proposons de laisser les terres en possession individuelle comme à l’heure actuelle, en prenant simplement, sous la forme d’un impôt, autant que possible, l’équivalent de la valeur qui se rattache à la terre en raison de la croissance et du progrès de la société.

Cette réforme simple mais radicale éliminerait toutes les injustices que les socialistes voient dans les conditions actuelles de la société et ouvrirait la voie à tout le bien réel qu’ils peuvent imaginer dans leur projet puéril de créer un État « capitaliste universel », à la fois employeur, marchand et commerçant.

Laissons les socialistes nous accompagner et ils iront plus vite et plus loin dans cette direction qu’ils ne peuvent le faire seuls ; et quand nous nous arrêtons, ils peuvent, s’ils le souhaitent, essayer de continuer. Mais s’ils doivent persister dans leurs projets visant à faire de l’État tout et de l’individuel rien, laissons-les maintenir leur parti socialiste et nous laisser nous battre à notre façon. – Henry George. Le socialisme et le nouveau parti, 1887.

À quoi aurait ressemblé le vingtième siècle si les marxistes étaient devenus Georgistes ? Et pourquoi ce « prophète de San Francisco » a-t-il été oublié ?